mercredi 19 mai 2010

Bon voyage avec la musique

Les heureux veinards qui ont comme mézigue la chance d’utiliser les transports en commun parisiens connaissent bien cette ritournelle qui annonce généralement une petite séance de torture musicale, ou plus rarement, un petit moment de bonheur dans le cauchemar éveillé du métro du matin, oui, oui, cauchemar, hein, qui n’a jamais, la tête encore farcie des mauvais rêves de la nuit, respiré l’haleine nauséabonde d’un homme d’affaire stressé par son rendez-vous commercial ou subi l’avidité revêche d’une sale bonne femme qui vous poinçonne les reins avec son gros sac pour être la première à s’asseoir, n’a jamais fréquenté le premier cercle de l’enfer. Premier cercle rempli par ailleurs du tchétcheutchétcheutchétcheu des imbéciles heureux qui remuent la tête comme des chiens de voitures au rythme pénible de leurs musiques de dégénérés, oui, je suis de bonne humeur ce matin.

Alors voilà, bon voyage avec la musique, et là t’as le violon crincrin qui commence à te vriller les oreilles avec le temps du muguet, ça y est, t’as le cerveau qui commence à s’écouler, déjà qu’il était pas bien consistant, hein, et l’autre connard qui enchaîne sur cette putain de valse d’André Rieu, là, mais si, vous voyez bien, coin, coin, coincoin, et toi tu commences à supplier pour que ça s’arrête, ouf ça y est, le gars s’arrête, fait sa quête, descend du wagon et laisse sa place à, non c’est pas vrai, non par pitié, pitié, pitié, bon voyage avec la musique, le retour de la momie de Rascar Tepacap qui te joue le condor pasa avec sa putain de flûte de pan à deux millimètres de l’oreille, c’est pas possible, tu va mourir là, tu pries pour que la boule de foudre le ramène vite fait dans sa connerie de pyramide au machu picchu, pitié, pitié, que le grand condor fasse quelque chose.

Sans compter les variantes modernes, genre le rappeur à trois francs qui te balance son flow et sa sono comme une bimbo te projo ses lolos, et à qui tu ferais bien manger son micro, en fin de compte, ou la réfugiée des pays de l’est (Montreuil ou Charenton, genre) qui hulule une chanson de son pays qui doit parler de fleurs et d’enfants perdus, au hasard, de toute façon tu comprends rien, t’es occupé à te coincer la tête dans la porte (malgré le petit lapin) pour essayer de te décapiter et d’arrêter d’entendre cette horreur, bon voyage avec la musique, mais t’appelles ça de la musique, toi ? Parfois, t’as quelqu’un qui chante bien et qui t’émeut. Meuh. Mais c’est rare.
Et pourtant, ça nous est arrivé l’autre jour en famille, pendant qu’on rôdait dans la ligne 6 pour aller manger de la banane plantain. Une chanteuse genre réaliste qui trémolait du Jean Ferrat juste devant nous, histoire de surfer sur la vague formolesque qui a suivi la mort de l’homme qui murmurait aux oreilles des pulls sauvages. Bon, c’était pas sa manière de chanter qui nous émouvait, c’est ce qui est arrivé après. Non, je ne l’ai pas achevé à coup de poussette. On l’a écouté religieusement (du Ferrat !), pasque le Sigmund béait d’admiration devant cette dame qui possédait, tenez vous bien, un micro rien que pour elle, et le micro, faut le savoir, c’est le truc fantastique qui permet de crier, je vous le donne en mille…

Mais n’anticipons pas.
Voilà la dame qui termine son petit tour de chant, et s’apprête à faire la quête (j’ai pas fait de blague sur le mot quête, vous notez, malgré un lourd passif anti-clérical de trublion du catéchisme), et une bonne quête, ça commence par émouvoir le populo, et, bon voilà, dès qu’il s’agit d’émouvoir, allons-y pour les grosses ficelles de la quête (toujours pas de contrepèterie), les petits nenfants, les sales chiards qui tirent les larmes et la maille des parents, là voilà qui, geste inouï, tend son petit micro vers le Sigmund pour tenter de lui faire chanter une souris verte, genre si je fais pas ça les gens vont manquer la quête avec les dangers de sortir trop vite du wagon. Vous pouvez chercher, là.
Est-ce qui s’est passé hein ? Vous croyez qu’il a fait son timide, la violette de parme de la couche remplie ? Je t’en foutrais, tiens. Voilà comment un wagon entier de pauvres péquins qui n’avaient rien demandé à personne s’est entendu hurler dans les oreilles : EST-CE QUE TU NOUNENTENDS ?
Elle a pas gagné grand-chose dans sa quête, du coup.

lundi 10 mai 2010

Code Génétique

Y'a un truc fascinant avec ces petits casse-burnes de bébés, c'est la manière dont ils se développent jour après jour une fois qu'ils ont passé le cap du D Day où ils t'ont bousillé tout ton programme de sortie théâtre restaurant chandelle romantisme et pétage de rondelle que t'avais mitonné au petits oignons pour affronter cette sordide histoire d'accouchement. Et quand je dis sordide, je pèse mes mots, hein, franchement, pasque passer des plombes dans une salle qui pue l'anesthésique avec des gonzesses qui crient encore plus fort que d'habitude, et en plus tu dois encourir l'oeil réprobateur de tout le monde dès que tu fais mine de sortir ta console de jeu, moi franchement je trouve ça sordide, sans parler du coté gore de la chose qui te coupe directos l'envie de compenser avec une double boîte de pépitos, l'ami préféré des cardiologues quand t'en consommes trop passé la quarantaine, oui je sais c'est dur, "Aïe Pépito" devient "Aïe le cardio" avec l'âge, c'est décevant. Donc sordide l'accouchement, heureusement la suite n'est que fleurs et délices [rictus nerveux], mais chut enfin, j'essaie de réconforter le Tonton de Sigmund. Donc je disais, le développement du bébé, partie 1, par le professeur Papa de Sigmund, clinique de la Sale Pétrière, département de phrénologie du genou, parlez dans le micro, s'il vous plaît, oui comme ça, mais EST-CE QUE TU NOUNENTENDS ?

Hum pardon. Je suis légèrement décousu aujourd'hui, comme un vieux doudou remâché qui pue la vieille pisse à force de frotter contre des couches imbibées par des nuits trop longues, franchement je me demande d'où je tire mes exemples. Brèfle.

Ce que je comprends pas bien dans le développement physique du bébé, mais que j'admire en même temps, c'est combien ça à l'air tout bien préparé ce truc-là, précis, ordonné et tout le bataclan : le Sigmund qui n'était qu'une espèce de sale larve amidonnée toute bouffie à la naissance avec de tous petits bras ridicules et des jambes infimes et la grosse tête inconcevable d'un sale sportif en fin de carrière qui s'essaierait à faire de la politique pour caser son gros cul dans les fauteuils les plus dorés possibles de la République, ben voilà-t-y pas qu'il s'est transformé en une espèce de beau jeune nenfant gracile, à la musculature d'acier, à la tronche redoutable dans les combats de coups de boule qui précèdent chacune des tentatives pour le convaincre de s'habiller, aux nerfs électriques qui lui permettent de te placer un double carpé diem dans ta face quand t'essayes tout à fait naïvement - même si c'est la centième fois- de lui piquer une seule miette de son gâteau au chocolat, de sa danette au chocolat, de son goûter au chocolat, de sa purée de brocolis au chocolat, merci de rayer la mention inutile. Et chacun de renchérir : "mais qu'il beau ce gosse !", "mais qu'il est mignon !", "mais qu'il est grand !", "mais qu'il fort !", "mais comme y t'a pété deux dents, là, tout de même il est grand et fort !".

Mais d'où qu'il beau et fort comme ça cet enfant ? Non mais t'a vu la tronche de son père ? Le code génétique qui permet de programmer le développement physique, c'est bien joli dans les Experts, hein, mais quand tu le vois en vrai à l'oeuvre, c'est une autre paire de gonades masculines à pilosité externe (tiens ça fait longtemps que j' m'étais pas moqué des experts, comme au bon vieux temps, c'est vraiment un de mes billets préférés). La maman de Sigmund, là oui, c'est du matériel de choix, trapéziste franco-vietnamienne, je veux bien, les yeux légèrement bridés de la beauté exotique, c'est sûr que tu pars avec des biscuits dans le capital. Mais coté paternel, franchement, à part une très large tolérance à l'odeur du formol, y'a rien à sauver. Mais comment qu'il a fait, son bouzin d'adn, pour rattraper les erreurs de programmation du début ? Qui c'est qu'a corrigé les bugs, hein, comme disent ces couillons d'informaticiens (sont cons ceux-là, ils bossent dans le bureau à coté du mien, et faut voir leurs airs de vieilles chattes mitées quand il viennent m'annoncer qu'ils ont automatisé le calcul de la dose de formol à partir d'un programme simple d'intelligence artificielle, franchement la seule intelligence artificielle que je vois dans leur bureau, hein, je lui filerai bien une bonne dose de formol avec une canule anale). Pour ceux qui savent pas ce qu'est une canule anale, merci de laisser tomber, cherchez pas dans Google images, ah stop, ah trop tard, vous avez cherché.

Tiens, mince, y m'appellent justement, faut que j'y aille. Si on m'avait dit un jour que je terminerai un billet sur une canule anale, j'aurais pas cru.