Un truc très énervant du Sigmund, en ce moment, c'est sa technique du "tu veux ou tu veux pas" qu'il a mis au point pour nous rouler les nerfs en fines boulettes. C'est qu'un truc parmi d'autres, hein, essayez pas de croire que je suis en train de balancer sur les quelques défauts du moutard pour mieux vanter sa perfectitude par ailleurs, pas de ça nuisette, c'est pas ici que vous trouverez l'éloge du bébé, non mais ho, regardez mieux titre du bloug, au cas où vous oublieriez d'où on vient, la Maman de Sigmund et moi, de quel enfer on est sorti pour mieux replonger dans les affres des victimes de l'internationale des bébés relous. Donc, disais-je, avant d'être interrompu par moi-même, je me mettrais des baffes des fois, un des innombrables défauts du Sigmund, c'est sa capacité à changer d'opinion quasiment instantanément (chronométré à un peu moins de 10,5 besson/mètre, le besson/mètre étant la nouvelle unité de retournement de veste par unité de distance, ah bon ? Vous saviez pas ? Hé oui, une nouvelle unité avec un besson étalon en connerie massive déposé rue de la boétie, mais je m'égare, hagard).

Donc le Sigmund, sitôt que tu lui proposes un truc c'est non. Définitivement non. Et si tu t'éloignes une demi-seconde avec le truc en question, c'est la crise de nerfs pasqu'il le veut, là, tout de suite. C'est quand même relativement étrange, non ? Pouvait pas dire oui la première fois, Hein ? Ben non. Si tu crois ça, c'est que t'as rien compris à la psychologie infantile, dont le principe fondamental est de te casser les roupettes jusqu'au point extrême où tu brandiras un manche de pelle pour faire avaler ses dents au petit salopard, c'est pas grave, c'est des dents de lait ça repousse (incidemment, te casser les roupettes a l'avantage induit que tu ne peux plus faire d'autres gnomes, mais bon). Je prends un exemple (de volte-face sigmundesque, hein, pas de cassage de roupettes, ah, ben, tiens, en fait c'est pareil) : tu veux manger le quignon du pain tout chaud sorti de la boulangerie, Sigmund ? Nââââân. Bon c'est pas grave, c'est pour papa. OUAAAAAAh. Voilà. C'est parti pour deux heures de cassage de burnes en règle, pleurages mortifères qui te foutent la honte dans la rue, regardez-le ce mauvais père qui laisse pleurer son enfant, et toi tu cherches à garder ta dignité outragée en faisant semblant de chercher un truc sur ton iphone, mais en fait tu cherches vraiment un truc, c'est le numéro d'un chenil pour bébés relous.

La psychologie infantile, voilà la clé. Règle numéro un : ne rien croire de ce qu'un enfant de trois ans peut raconter (une exception cependant : un enfant qui a mal aux oreilles a peut-être réellement une otite, ou alors vous avez mis du Florent Pagny sur votre stéréo). Règle numéro deux : un enfant ne pleure réellement que lorsqu'il a une fracture ouverte ou une double éventration consécutive à une mauvaise chute sur un soc de charrue. C'est donc assez rare. Règle numéro trois : pensez à ce qui vous ferait plaisir qu'il fasse, il ne voudra pas le faire. Règle numéro quatre : la psychologie infantile s'accommode mal de règles. Règle numéro huit : un enfant de trois ans sait compter jusqu'à quatre. Voilà, vous savez à peu près tout je pense. Vous êtes parés. Quelques travaux pratiques, maintenant.

Tu veux que ton gamin range sa putain de pelleteuse playmobil qu'il a laissé en travers du chemin et qu'à chaque fois que tu passes avec ton plateau de verreries diverses (verres à caïpirinha, à gin tonic, à martini, à whisky, y'a pas mal de trafic, tu peux me croire), tu manques de te fraiser la gueule. Erreur communément faite depuis trois ans : brailler "putain de manche à roulettes, Sigmund, range-moi cette fucking pelleteuse ou je te brise une rotule". Ah ah ah. Erreur de débutant. Conseil de psychologie infantile, règles appliquées : commencer par demander que le petit monstre range la pelleteuse, puis sussurer avec la voix de Florent Pagny " Mon cher Sigmund, je vais ranger cette pelleteuse tout seul parce qu'elle contient du chocolat". Oui, je sais, c'est un peu ardu au début, y'a beaucoup de concepts à manipuler, mais on s'y fait vite. Donc là normalement vous avez un "non" franc et massif, suivi d'un rangement de pelleteuse. Si vous vous retrouvez comme un con tout seul dans la chambre en train de ranger la pelleteuse dans la caisse à jouets, vous vous êtes fait mettre (comme on dit lors des séances de psychologie infantile) et EN PLUS, y'a même pas de chocolats dans la pelleteuse, c'était rien que des mensonges.
Le problème de la psychologie infantile, c'est qu'il faut pratiquer au moins dix ans. Et après ton diplôme te sert à rien, vu que ce qu'il te faut, c'est un cours sur la psychologie adolescente. C'est dire si t'es pas sorti de l'auberge.