Je parie que vous ne savez pas ce qu'est l'épillet. Non, ce n'est pas un le dernier billet d'un blogueur alsacien ("ch'ai enfin réussi à puplier l'épillet"). Point du tout. Moi non plus je ne savais pas ce que c'était, mais j'en avais un souvenir d'enfance très net. Et ça illustrait bien mon propos. Mais c'est quoi t'est-ce enfin ? Ah ah ah, bon. Voilà. C'est çà. Une sorte de truc qui pousse dans la campagne et qui a deux utilités principales : s'accrocher aux jupes de la cousine Simone pour l'embêter, et permettre d'une poignée de faire un espèce de feu d'artifice rigolo qui termine accroché dans les jupes de la cousine Simone. C'est vous dire si c'est utile. Et puis aussi, on te serine que l'épillet dans les poils de chien ça remonte jusqu'à l'oreille et que c'est très dangereux, alors toi forcément tu penses que c'est une espèce de plante malveillante qui en veut à tes oreilles, et tu fais gaffe de pas t'en coincer dans les poils - sauf qu'à cet âge tu n'a pas plus de poils que la cousine Simone. Mais bon. Quiconque a déjà pris une gousse d'épillet dans la main sait que c'est un genre de truc qui ne recule jamais, grâce à des tout petits machins piquants qui retiennent. L'épillet ne recule chamais, che vous dit.

Mais pourquoi che fous parle de l'épillet, hein ? Mais pourquoi ? Bon, d'abord, je vais cesser avec cette ridicule histoire d'accent, je n'y arrive pas du tout, comme la fois où j'ai raconté l'histoire du garage, quel four (mon premier est un serpent, mon deuxième est sur les toits, mon tout dans les garages en Alsace, Python-Tuile, vous mordez le topo ?); et puis franchement je suis hyper-mal placé pour me moquer vu les épais relents d'huile d'olive qui entâchent le mien, c'est bien simple quand je m'écoute sur un répondeur (c'est une de mes marottes, m'écouter parler), moi tout ce que j'entends, c'est "Ouaye, congue, ss'est le papa de Sigue-munde au téléphauneu", alors c'est pas brillant je reconnais. C'est pas brillant vu que j'habite en région parisienne, hein, et vu mon métier. Pasque dans le Sud, ça passerait, mais là franchement, annoncer "Oh peuchère, congue, le macchabé je teu vous l'ai maquillé faut voir caumme, je l'ai pas raté, té", ben on je l'ai entendu souvent en reproche, genre par le chef qui trouve que ça fait pas assez distingué. Sauf que lui avec son accent pointu de parisien de souche, ça donne souvent des trucs comme "Je vous mets eun sateun de garnitüre viuline ou reuze ?" et c'est pas beaucoup mieux. Genre.

Mais revenons za l'épillet. L'épillet, c'est la technique de négociation du Sigmund. Ce petit fourbe est bien plus rusé que la majorité des commerciaux que je reçois régulièrement pour me fourguer du formol ou du cercueil ("avec du satin rauze ?", "vous voulez dire reuze ?", "non, rauze", "ha reuze, d'accord"). Avec eux, y'a moyen de négocier, nonobstant de petites différences culturelles vite aplanies à partir du moment où le rabais dépasse 10% (que nous répercutons intégralement au client, bien sûr, ah ah). Donc avec le Sigmund, les 10%, je peux te dire que tu les as bien profond, si j'ose. Pour le faire plier sur un truc, tu tentes de faire une menue concession, dans la plus pure tradition du marchandage de souk (n'oublions pas nos origines cosmopolites et notre poil luisant) genre contre l'abandon de ce sixième gâteau au chocolat, une théière offerte. Et lui, plaf, la technique de l'épillet, il veut le sixième gâteau ET la théière. Tu tentes une diversion avec un de ces gros bâtons que, je ne sais pas pourquoi, il affectionne de tenir pour nous battre, et chplof, il se retrouve avec le gâteau, la théière ET le bâton. Je m'aperçois que c'est pas très clair cette histoire de théière, c'est une métaphore, hein, une métaphore du Bosphore, pasque en vrai bien sûr, on ne négocie pas avec des théières (on dirait cette phrase fétiche de Jack Bauer, on ne négocie pas avec les terroristes, mais qu'est-ce que je raconte, si je commence à parler de cette admirable série télé qu'est 24H, on a a pas fini). Donc out les théières, mais les bâtons c'est vrai. Hein ? Quoi ? Je suis totalement incohérent ?

N'importe quoi.
Avec Sigmund, pour une histoire de gâteau au chocolat, tu peux pratiquement te retrouver en gilet de pingouin en train de servir à monsieur des gâteaux au chocolat à volonté sur un plateau d'argent, tellement il est fortiche de sa technique de l'épillet. Tu as beau l'épier, rien à faire pour lui baiser le bluff; Au poker, il te foutrait un veste monumentale à n'importe qui, y compris au croupier ; mais monsieur, je ne peux pas vous donner de sixième carte, c'est impossible, ah, bon, d'accord, un sixième carte avec ces jetons supplémentaires et ce gâteau au chocolat. Et tu peux toujours te brosser pour le piller, rien à faire. Ni pour le plier. Mais je m'éloigne, ces jeux de mots deviennent trop approximatifs.
Oui, bon, c'est bientôt les vacances c'est pour ça : avec quelques dessins animés, je devrais pouvoir négocier qu'il se tienne tranquille dans le train, le temps de descendre dans le sud. Qui sait, c'est peut-être lui qui conduira en arrivant.