C'est à dire que bon, je m'y étais préparé dans mon for intérieur du dedans de moi-même. On rigole pas pendant des années sur les colliers en pâtes et sur les portraits en graine pour ne pas se douter que ton propre (faut le dire vite) chiard va finir par te ramener, avec la gueule enfarinée du gars qui sait très bien qu'il est en train de te prendre pour une buse du maquis, une oeuvre artistique du genre de celles qui ont fait la réputation de nos maîtresses d'école dans le monde de l'art contemporain. Un truc pas trop compréhensible, vaguement architecturé, totalement branlant et moche à te faire saigner les yeux comme Notre-Dame de Savigny-sur-Orge qui pleure chaque année des larmes de sang à heure fixe pour commémorer le martyre de Sainte-Blandine des Morpions. Qui a fini mangé par un lion. Triste histoire. Hé oui. Brèfle.

Le seul truc, c'est que m'y attendais pas si tôt, hein. Je voyais "ça" déferler plutôt l'année prochaine, en première année de maternelle, une fois que Sigmund aurait été maté par sa future maîtresse, qui, si elle me lit, peut déjà commencer à s'équiper, c'est un conseil, un knout serait un bon premier choix, et la connaissance des techniques de tortures de l'armée américaine un plus appréciable, merci d'envoyer une lettre, on vous écrira. C'est à dire que le Sigmund, c'est pas le petit gamin sage qui se laisse faire pour ce qui est de la conception artistique, hein, comme vous le savez ; par exemple, faut voir comment qu'il a redécoré le divan avec toutes les techniques infantiles possibles : le jackson pollock de la diarrhée, cherchez pas, je l'ai trouvé. C'est le même que le rothko de la vomissure, ou plus modestement du miro du goûter au chocolat. Donc l'année prochaine, faudra pas le chercher sur "Son Art", ou bien sur "Sa Libre Créativité". Enfin.

Non, ce qui m'a scié, c'est que la nounou se lance, pendant une de ces sessions où elles se retrouvent entre elles dans un sous-sol du 12ème arrondissement pour ce qu'elles appellent des moments de récréativité partagée, et que je qualifierais plutôt de sabbat des sorcières domptant des petites goules surgies des sept cercles de l'enfer. Et la voilà qui me refile un soir non seulement le Sigmund emballé dans sa poussette, l'air couillon et la vue basse, mais aussi cette délicate sculpture, installation, oeuvre, ce délicat montage, assemblage, heu ce truc, quoi :



Oui, c'est un arbre.
Oui, oui, ce truc massif plus coloré qu'un perroquet avec deux tiges riquiquis, réalisé avec des sortes de popcorn colorés et un rouleau de PQ, c'est un arbre. C'est dire si c'est conceptuel. Les machins en popcorn adhèrent dès qu'on les touche avec un truc mouillé. En, plus, ça doit être mangeable, pasque Sigmund en a boulotté la moitié déjà (de sorte que maintenant ça ressemble plus à un pot à crayons, ok). Et la nounou en était plutôt fière.

Je sais, ça fait mal aux yeux.
Je sens que les années à venir vont être plus compliquées que prévu.

Edit : Sigmund vient de voir ce billet, et me précise "tu marques, c'est l'arbre du hibou".