Quelles chances, hein ? Quelles chances ont ces misérables petites chansons innocentes une fois que Sigmund a décidé de les chanter ? Hein ? Combien ? Quoi-t'est-ce ? Moui. Exactement. Aucune. La plus jolie des chansons qu'ai pu imaginer un de nos plus grands auteurs-compositeurs nationaux (comme Florent Pagny, par exemple) n'a absolument aucune chance dans la bouche de Sigmund : elle se transforme aussitôt en un espèce de gargarisme atonal ânonné par un yodleur saoul qui chanterait la tête plongé dans un seau de tartiflette. Genre.
Et encore, je suis gentil. Voui, car cela ne rend pas bien compte de l'enthousiasme carabiné du Sigmund (je suppose qu'un yodleur saoul aurait autant d'enthousiasme qu'une tranche d'appenzeller laissée en plein soleil, avec les mêmes gouttelettes grasses sur le front, d'ailleurs) qui non seulement massacre rythme et mélodie, mais en plus le fait avec une joie démesurée, les poings serrés de concentration, martelant le sol du pied, la bouche tendue en cul de vache et les sourcils plus froncés qu'un contrôleur des impôts recalculant pour la dixième fois la déclaration de Florent P.

Son truc par exemple en ce moment, c'est Santiano. Depuis qu'il a entendu une version de cette chanson sous-titrée en chinois (allez sur youtube, cherchez Santiano, vous la trouverez fissa, c'est dingue quand même de penser qu'un chinois s'est fait braire à traduire Santiano, à scanner des couvertures de disques et des photos de bateaux fins comme des oiseaux pour qu'un gamin merdeux -je sais de quoi je parle- puisse limer en boucle la patience de ses parents. Quelle merveille que la technique moderne. Bref) où Hugues Aufray braille un "Hey" vigoureux (vers 1:33), il ponctue chacune de ses chansons avec des heys vindicatifs. Santiano en boucle à la maison ? Hey, hey hey ! Zorro, renard rusé qui fait sa loi ? Hey, hey, hey ! Barbapapa qui se transforme à volonté ? Hey, hey , hey ! Court, long, carré ? Hey !
C'est l'enfer.
Visiblement, y'a un truc pas développé à cet âge dans la zone du cerveau consacrée à la tonalité. Bon, c'est vrai que Sigmund a une lourde hérédité dans ce rayon, vu les capacités musicales de la famille paternelle. Mais bon, là c'est carrément autre chose. On dirait un de ces filtres pourris qu'ils mettent dans les films pour les appels anonymes, les voix bizarres, là. On dirait ça, mais en foutant le rythme en l'air. Ecouter une chanson avec Sigmund, c'est faire une partie de Simon ousque chaque phrase censée être la même est carrément jouée chantée hurlée différemment. Quoi ? Vous savez pas ce qu'est le Simon ? Tss tss tss. Je suis trop bon avec vous. Brèfle.

Moi je dis tout simplement qu'à cet âge-là, on devrait leur interdire de chanter, sauf dans le cadre d'émissions réglementées de salut public sur la contraception. Le Mozart qui joue la bamba les yeux bandés à trois ans, j'y crois pas une seule seconde pour tout dire, je suis sûr qu'on nous a bourré le mou. Selon des sources totalement indépendantes et cependant étouffées par la mafia viennoise, Mozart n'aurait écrit la bamba qu'à douze ans, à peu près en même temps que la musique de Dirty Dancing. Mais ça bien sûr, personne n'en parle. Ah ouiche, le requiem, la flute enchantée ("jai la flûte en chantier disait Mozart Père lorsqu'il ramenait une chaude-pisse du bordel des faubourgs de Salzbourg"), les noces de Figaro, ça, t'as du monde pour en parler, mais la Bamba y'a personne pour rappeller que c'est Mozart qui l'a écrite en premier. C'est fort de café (viennois) quand même.
N'empêche j'y crois pas moi, au petit prodige de trois ans. Y'a qu'à voir Sigmund, hein. C'est im-po-ssi-ble.

Hey !