Oulala, ça fait tellement longtemps que je n'ai pas écrit une broque sur ce bloug que je ne sais pratiquement plus comment on fait, c'est dingue. Et bien sûr, je vous le donne en mille, c'est la faute à qui, hein, à qui, vous voyez pas ? Sans déconner ? Un gremlin de un mètre de haut avec la tronche comme un melon de Cavaillon ? La terreur des pigeons du quartier ? L'enflure qui a mordu un bébé innocent sans défense baveux de dix mois ? Un boulet permanent ? Un concentré de fourberie capable de dissoudre les métaux les plus résistants ? Ah ça y est, vous vous souvenez ! Oui, c'est vrai que j'avais pas donné de nouvelles depuis longtemps. Mais bon, il est des catastrophes naturelles qu'il est impossible d'oublier je trouve. Et le Sigmund, hein, tu m'as compris. C'est la catastrophe climatique des nerfs, le réchauffement global du mal de crâne, le tsunami de la tension et le tremblement de terre du self-control tout entier contenu dans un gros boulard sournois orné de deux petits yeux matois qui te jaugent pour trouver immédiatement ton point faible.

Alors qu'est ce que je peux vous raconter, hein ? Au départ de l'internationale des bébés fourbes, je pensais que le Sigmund était entièrement piloté par son réseau de contacts bavophiles pour nous en faire chier des ronds de capuche. Une sorte de robot téléguidé qui vient débouziller les centrales nucléaires, si vous voyez, sauf que là sa spécialité c'est plutôt de foutre le bordel en moins de quinze secondes, le temps de tourner la tête et paf t'as une dizaine de crayons de couleurs gras sur le divan, une pile de cartes plastifiées sur le sol glissant, et ton linge tout propre éparpillé dans le bac à fleurs, tu peux hurler va, l'autre se carapate à toute allure, tu le poursuis, tu glisses sur les cartes et tu te vautres sur le divan, ouf plus de peur que de mal, jusqu'au moment où tu te relèves pour découvrir le joli dessin que tu viens de faire sur tes putains de coussins qui coûtent la peau des roupettes d'un tigre de Birmanie (vu comme ils sont rares et aggressifs, ça explique). Brèfle. Le Sigmund, maintenant, tu peux croire qu'il a passé le cap de l'indépendance dans l'organisation de la vie d'enfer qu'il nous fait mener. C'est devenu le Machiavel de l'embrouille parentale et de la destruction minutieuse du moral de ses pauvres victimes.

Par exemple quand on l'emmène voir sa nounou le matin, il a une trop jolie chanson qu'il chante avec la voix éraillée d'un poivrot de dernière catégorie (rapport que son jeu préféré dans le parc toute la journée, c'est de courir derrière les pigeons en gueulant "Volez !" "Volez !"), et franchement ça te met en joie d'entendre ça avant de partir de faire laminer par des familles de clients mécontents des dernières obsèques que tu as organisé sous le coup de la fatigue (oui bon, c'est vrai que c'était pas malin d'avoir embaumé le grand-père qui devait être incinéré, oui c'est vrai que ça a fait explosion, en même temps c'est comique, ça a détendu un peu l'atmosphère vu qu'ils tiraient tous une gueule d'enterrement). Alors sa joli chanson, c'est :

Papa va travailler
Maman va travailler
Sigmund va s'amuser
C'est pas juste, c'est pas juste, c'est pas juste...

C'est mignon, hein ?
Quand je vous le disais qu'il était trop fourbe ce bébé, avant même qu'il soit né. Qui c'est qu'avait raison ?