Ben oui, fallait bien à un moment que ça arrive, hein, le Sigmund, c'est pas le fils d'une trapéziste pour rien, pendant les vacances il a commencé à enjamber le bord de son lit à barreaux avec un petit saut de carpe extrêmement élégant, genre voyez comment que je vais me casser la gueule, on va aller aux urgences un quinze août, chouette, chouette. Donc c'était pas possible de lui garder ce lit, quoi. Dommage. J'aimais bien le concept, moi, enfin, dans l'idée de lit à barreaux, c'est surtout la notion de barreaux qui me plaisait. Enfermée, la petite teigne. Impossible de s'échapper, tranquille à partir de huit heures, le monstre bouclé dans sa tanière et nous peinards pour regarder des trucs rigolos genre des reportages sur les éleveurs d'hérissons nazis sur Arte (le plus dur c'est d'enfiler le brassard avec la croix gammée, c'est à peine croyable). Et puis le Sigmund, faut voir qu'il grandit aussi, il veut faire des trucs tout seuls maintenant (heureusement, c'est encore du genre empiler des conneries de cubes, je commencerais à me méfier quand il voudra que je lui achète du tissu rouge pour son élevage de hérissons).

Bon du coup on a acheté un lit de grand, qui lui permet de vaquer peinouille à ses occupations de morveux.
Le voilà:



Ah ouais, désolé pour la déco, hein, on se mate pas la série complète des saisons de Valérie Damidot sans avoir des légères séquelles au niveau collage de stickers. C'est devenu compulsif chez nous, on colle des stickers dans tous les coins en ricanant 1-2-3 ouvrez les yeux qui c'est qu'est surpris hein, c'est-y pas beau votre salon de loosers reconverti en mélange psychédélique de Fly sous acide ou d'Ikéa vu par un daltonien ? Bref, vous voyez le truc, hein, on voulait quequechose de floral, et là comment dire, c'est plutôt mescal je dirais, c'est pas grave, ça va lui embellir ses nuits au petit brigand, y va nous faire des cauchemars gros comme ça, l'attaque des fleurs géantes mangeuses de gnomes, c'est couru. Vous noterez les moutons en tête de lit, c'est pour compter, mais bon on va pas aller bien loin, hein, pour s'endormir avec deux pauvres moutons rapés, on est un peu léger sur ce coup-là. Pas grave. De toute façon, on sait que cette histoire de dormir sans les barreaux pour l'y forcer, ca va bientôt tourner au grand n'importe quoi.

Pasqu'il a tout de suite compris, le sale petit macaque, qu'il pouvait aller et venir librement. Et comme c'est pas en chougnant, en lui faisant les gros yeux, en hurlant des imprécations ou en le menaçant de le revendre qu'on arrive à obtenir quoi que ce soit de lui en ce moment, ben ça va pas être facile de le forcer à rester dans son putain de lit, surtout avec les grosses fleurs bien menaçantes. Nous on l'imaginait comme un gentil lutin en train de somnoler dans un champ d'alpage, tu parles d'une vision à la mords-moi l'edelweiss. C'est plutôt genre gremlin échappé de la sylve, ou encore mini-Tarzan vient chercher ton bibi avec Tantor pour te défoncer la gueule si tu files pas un rab de blédina au chocolat. Passé huit heures du soir, c'est la loi de la jungle à la maison, et c'est pas nous qui la faisons, la loi.
Le problème c'est qu'on a plus d'intimité du coup, l'autre soir cet espèce d'avorton nous a surpris alors que j'enfilais mon costume de prince de l'espace pour montrer des trucs à la maman de Sigmund (elle était déguisée en Vénusia). Du coup on a repris la chanson de Goldorak en choeur, mais c'était limite qu'y comprenne comment qu'on l'avait fabriqué (j'aurais mieux fait de dormir dans un lit à barreaux, moi, ce soir-là).

Bon, bref, le Sigmund grandit, plus que quelque années et il partira pour faire un mastère de communication touristique à Guatélama-City et notre maison douillette reprendra sa quiétude habituelle. Plus que quelques années à serrer les dents.