C'est pas pour dire, hein, mais franchement je trouve que la sécu devrait payer un audiogramme à tous les parents de sales moutards âgés de moins de trois ans et de plus de deux. Non mais pas du tout, je parle pas de détection précoce de la surdité pour les infects gnomes, qu'esse vous allez croire ? Ca va c'est bon, on a déjà donné dans la visite obligatoire, avec l'autre Sigmund là c'est carrément le contrôle technique tous les mois, et que je te répare un bielle par-ci et que je te fais l'équilibrage des couches par-là, et qui c'est le couillon qui règle la facture à la fin, hein, je vous le demande, hein, allez, je vous donne un indice il aime bien les margaritas, les ravioles (ça m'affole) et les tronçonneuses depuis peu, moui, je vois que vous avez trouvé en même temps c'était pas dur, c'est bibi, qui s'écrie "fuck" en voyant le montant de la douloureuse. Je sais, vous ne l'avez même pas vu aussi, mais je viens de faire un lamentable jeu de mot sur bibi fuck, franchement ça se voit que je suis rouillé de l'écriture, si c'est pas malheureux à mon âge. Mais bon les bébés avec leurs contrôles techniques, c'est comme si t'avais une vieille deux-chevaux qui marche (oui, oui, c'est approprié, vu la vitesse) au diesel non raffiné, en voyant la fumée les flics t'envoient la faire régler tous les mois. Un bébé c'est pareil, ça fume bizarre et t'arrête pas de voir la pédiatre pour vérifier s'il est pas cassé (ah désolé mon pauvre, c'est le joint de culasse). Qu'est ce que je disais, déjà ? A part arrêter de fumer des champignons noirs pour nems ? Ah vouaye, l'audiogramme.

Non, ça serait pour les parents l'audiogramme, tellement le petit putois de bébé nous fait crier en permanence. C'est pas possible que j'ai pas un décollement de la rétine de l'oreille à force de hurler comme un sergent instructeur des marines sur le petit monstre qui n'en fait qu'à sa tête. Parle à ma couche, voilà mon enfer quotidien. Croyez pas qu'il obéisse en rien, ce sale bâtard de son père, et qu'il acquiesce le doigt sur la couture de la salopette à gros boutons "Pa ! Yes Pa !", je t'en foutrais de l'obéissance oui. Non, il fait juste comme si on était pas là, à continuer gaillardement ses conneries, tiens plouf le gros pot de crème de maman renversé sur le lit (en même temps, pour de la crème...), tiens plaf la bouteille d'eau pour les plantes sur le balcon, tiens boum la table basse crô mognonne. Et nous derrière à hurler comme les sept harpies des WC (cherchez pas dans la mythologie, je vous fourgue mes plus vieux calembours, oui, oui, vous avez bien lu, Harpie WC). Franchement, vu le niveau en décibels, notre maison est plus désagréablement bruyante qu'un grand prix de formule 1 au démarrage ou qu'une soirée de la nouvelle star. Casque anti-bruit recommandé. J'ose même plus regarder les voisins, et je ne me plains plus quand on dépose sur ma porte un message anonyme collé avec une vieille boule quiès "Salaud, l'immeuble tu l'aimes en silence ou tu le quittes : le baillon ou le cercueil" (je crois qu'il y a des anciens d'Algérie, où un truc comme ça, enfin bon c'est pas grave, je leur parlais déjà pas avant).

Voilà, on en est là. Paraît que c'est normal, à cet âge. Mais moi je dis qu'il n'y a rien de normal. Vous vous rappelez ? A bas les bébés, bordel. Depuis que le monstroplante de l'espace est rentré dans nos vies à la maman-de-Sigmund-aphone et à moi-sourdingue, rien n'est plus vraiment normal. Nous vivons dans un tourbillon d'expériences nouvelles dont la plupart sont fort désagréables. Je veux dire, moi avant j'étais quelqu'un de normal qui mangeait des ravioles aux sardines arrosées de margaritas (faisons consensuel, hein) tranquillement. Et maintenant que vais-je faire je passe à mon temps à crier comme le regretté Sergent Durso, mon instructeur au service militaire qui hurlait quand il parlait et qui criait quand il chuchotait (il est mort à présent, paix à ses restes éparpillés aux quatre coins du mess des sous-offs, il jouait avec une grenade, le con).
C'est pas facile, quand même, d'être le papa de Sigmund, le bébé le plus fourbe de la création.