On ne bénira jamais assez le nom de Jean-Baptiste Lâché-Moizlagrapp, inventeur en 1855 du week-end sans les enfants. Nân, pasqu'après pratiquement deux ans d'esclavagisme forcené, après deux ans à avaler sans rien dire des couleuvres grosses comme des boas, même avec du mytosil ça a du mal à passer, après deux ans à subir la fourbitude insensé de l'autre avorton portatif, on s'est fait un bon gros week-end tranquillou avec la maman de Sigmund, genre soleil, farniente et beaucoup, oui beaucoup, de margaritas. C'est pas vraiment qu'on l'avait jamais fait, hein, mais là franchement c'était vraiment de la vraie coupure, et je parle pas de celle que je me suis infligée avec mon rasoir avant de partir en week-end tellement je tremblais de joie de pouvoir passer deux heures en train en lisant tranquillement, ni de celles que je me suis infligé au retour du week-end, sous l'emprise d'un délirium tremens d'un fort beau gabarit, ainsi que de crampes musculaires dues aux très nombreuses activités sportives que j'ai pratiquée, ah ah ah, non je rigole j'ai fait rien qu'à boire. Pour fêter l'absence du boulet et ce goût merveilleux de la liberté retrouvée (un goût de vomi en l'occurence).

Deux petites choses ont cependant entâché mon optimisme juvénile et alcoolique de petits relents de contrariété, un peu comme lorsqu'il te reste du caca sous les ongles et que tu passes la journée à te demander si son chiard des tropiques a pas de nouveau rempli sa couche à chaque fois que tu passes ta main près de ton visage. C'est un exemple vécu. D'abord cette sordide histoire de ravioles. J'adore ça les ravioles, moi je trouve que c'est hyper-bon. Sublime. Délicieux. Quand on les sert dans leur mare de crème délicieusement parfumée à la sauge par exemple, c'est quasiment orgasmique, ou au moins aussi agréable que de se brosser les ongles en certaines circonstances. Les ravioles, ça m'affole. Alors depuis que je savais que notre week end gastronomo-éthylique allait se passer du coté de Royan, du comprends, mois j'étais à fond dans l'anticipation joyeuse du gars qui allait se remplir de ravioles du matin au soir, s'en mettre par dessus l'oreille, voire prendre carrément un bain de raviole en sirotant sa première margarita de la journée vers dix heures après le petit dèj. Jusqu'à ce que je me rende compte qu'une malheureuse confusion sonore m'avait fait confondre Royan et Romans.
Autant vous dire que j'étais très déçu. Les ravioles de Royan, ça n'existe pas du tout, là-bas la spécialité c'est la sardine en boîte, autant vous dire tout de suite que c'est pas ma tasse de margarita, la sardine en boite, autant les ravioles j'en raffole autant les sardines ça m'échine.

La deuxième chose c'est que j'ai remarqué que des parents en week end sans leurs monstres domestiques passent quand même la plupart de leur temps à parler de leurs invraisemblables moutards. Nous qu'on était une bonne douzaine, soit six couples dont cinq pourvu de un à trois adhérents à l'internationale des bébés casseurs de roustons, ben il nous a fallu pas plus de trente minutes de conversation arrosée pour passer insidieusement d'une très intéressante discussion sur la fabrication industrielle des ravioles à un débat lamentable sur l'érythème fessier. Mais moi j'avais envie de hurler non mais ça va pas la tête, arrêtez de parler de ces sales petits babouins au cul rouge, enfin, vous avez qu'à leur coller des ravioles de Royan sur le cul, si ça leur pèle à ces couillons. Faut dire que quand j'ai bu, je suis mal embouché. Et pas très cohérent. Alors que dans la vie normale quotidienne de tous les jours, y'a pas plus poli que moi, sans déconner.
Bon, du coup je m'ai fabriqué un espèce de carton rouge que je pouvais brandir, avec marqué d'un coté "Joker Bébé", et quand je le brandissais on devait immédiatement s'arrêter de parler de bébés. De l'autre coté j'avais inscrit "Garçon une margarita", à la fin du week-end je te brandissais ça n'importe comment à tout bout(eille) de champ(agne).
Surtout, à la fin du week-end, plus personne ne me parlait. J'étais tricard des conversations, les parents discutaient de leur sales lardons tous seuls dans leurs coins.
Un week-end sans ravioles, c'est vraiment un week-end pourri.