Ah ça ! On peut dire qu'il faisait pas trop le malin, le misérable gnome vert fluo, planté dans la neige avec ses moon-boots de quinze centimètres de haut. Disparu, le mister je-sais-tout de vingt et un mois, une fois assis sur une luge lancée à fond la caisse sur la piste noire par un papa farceur. Envolé, le monsieur Non de tous les jours, face à un bonhomme de neige plus haut que lui grimaçant de toutes ses aiguilles de pins. Ah les sports d'hiver, comment que ça te l'a calmé, le roi des boulets ! Transi, muet, tétanisé. Calme. Silencieux. Un vrai nan-nan pour parents exténués, un pur plaisir d'éducateurs débordés, un coup à fêter ça avec des cocktails à la raclette et une bonne baffrée de génépi. Ce qu'on a fait, d'ailleurs, une fois le roi de la glisse expédié au lit pour cause d'épuisement total dû à la terreur. Ah la sereine tranquillité des nuits en montagne ! Ah le silence des massifs enneigés !

Brèfle, on est allé comme qui dirait faire un tour à la neige pour se calmer l'ulcère et le moutard d'un coup d'un seul. C'était vraiment pas mal, tiens. D'abord parce qu'on a pu éviter l'affluence et la foule en délire en allant skier dans une station ousque normalement y'a pas de neige (c'est un concept, d'abord), et qui n'est pas même pas dans les Alpes (avec Annette). C'est dire qu'on a réussi à couper aux files d'ahuris en bagnole à chaîne qui se bousculent pour faire des queues d'ahuris devant les remonte-couillespentes (j'ai personnellement d'assez mauvais souvenirs des sports d'hiver). En plusse, surprise, y'avait de la neige, un bon gros mètre de neige poudreuse, soit une hauteur suffisante pour enterrer Sigmund sans que le bout ridicule de sa combinaison ridicule ne dépasse de manière ridicule. Vous dire si on était aux anges. C'est tellement un trou perdu ousqu'on va qu'on espérait pouvoir se débarrasser du Sigmund en toute quiétude. Pasque je sais pas si vous savez (a priori non puisque ce bloug reste désespérément vide), mais le Sigmund y tourne vachement relou, là, du genre hypra-sûr de lui je vais dominer le monde, c'est normal ce monde est à moi, et tout doit se plier à mes caprices, à commencer par ce couillon de papa qui ose élever la voix non mais ça va pas la tête, ça se voyait que ce vase servait à rien de toute façon, non ?

Bon, je vais pas vous ennuyer avec des détails sordides, mais en ce moment, c'est un peu la remise en question de l'autorité parentale sous la forme brutale d'un jeu permanent de blietzkrieg, un peu comme si Hitler décidait sans prévenir d'envahir votre chambre à coucher pour avoir un rab de blédine, et vous naturellement vous pensez pouvoir négocier en sacrifiant les Sudètes. C'est une erreur historique, je vous le dis (pas de sacrifier les Sudètes, hein, mais de ne pas donner de rab de blédine), et ça se termine toujours très mal, je ne sais pas comment, et généralement par une déculotté monumentale prise par ceux qui se croyaient bien à l'abri derrière leur ligne maginot position de parents. Donc les sports d'hiver, dans l'idée, c'était un peu notre Stalingrad à nous, là, avec le froid compris. Et ça a marché, vous pouvez m'appeler Joukov, merci. Destabilisé, le Sigmund, face à la steppe blanche infinie. Enfin, la steppe, n'exagérons pas, disons la terrasse pleine de neige de notre chalet nordique avec sauna, poêle à bois et aquavit à volonté, bien situé pas cher, sports d'hiver possible quand y'a de la neige.

Autant vous dire que les voisins de la station ont pu dormir tranquilles. Sigmund, c'est pas vraiment l'abominable moutard des neiges. La seule chose inquiétante, c'est qu'au bout de la semaine, ça se voyait qu'il commençait à s'habituer, genre bientôt il serait à l'aise pour recommencer à nous pourrir la vie. Genre que toute ce truc blanc et froid, ben c'est pas trop différent de la blédine, ça colle pareil sauf que la blédine c'est chaud, c'est vrai ça bordel, ousqu'il est justement mon rab de blédine ? Et d'ailleurs ce truc qui ressemble à de la blédine, je pourrais pas en user sciemment de la même manière ? Oups, pardon, je veux dire, faire les mêmes conneries avec ? Tiens papa, surprise, un bonne cuillerée de blédine dans la gueule ! Oh tiens, c'est-y pas ton nouveau pantalon de gala, çui-là ? Splash, appelle-moi Pollock et t'auras les bollocks.
C'est pas sûr qu'on y retourne l'année prochaine, du coup.