Bonjour, vous mé léconnaissé ?
Mais si bon sang, le papa de Sigmund, c'est moi. Bon dieu, c'est pas pasque je me suis absenté quelques décennies que vous allez me la jouer retour du mort-vivant, hein, non mais ça va pas la tête (j'utilise beaucoup cette expression en ce moment, hé ho non mais ça va pas la tête, les doigts dans la porte ? Hé ho, mais ça va pas la tête debout sur la poussette ? Hem, bon, voyez le genre, quoi.). Ah mince ça commence bien, voilà que je m'interromps moi-même au bout de dix secondes comme au hasard, voyons, un sale mouflet de dix-huit mois qui rentre dans les toilettes en hurlant et qui te bloque le cigare au bord des lèvres, c'est hyper-pas bon pour le côlon, ça. Bon. Le retour du mort-vivant, donc. C'est exactement ce que je suis, et croyez-moi dans mon métier c'est hyper dur de se faire accepter. Ah ah. En fait, c'est à cause de mon boulot que je suis devenu un vrai mort-vivant, pour de vrai, à cause que je suis passé embaumeur en chef, et là ça pardonne pas, bonjour les horaires à rallonge, le boulot à la maison (je vous laisse imaginer) et toutes ces responsabilités écrasantes. Mais bon, j'ne suis pas là pour me faire plaindre, hein, je sais bien que vous attendez avant tout des nouvelles de Sigmund l'inénarrable (de lapin).

Bon voilà, il va bien. Ca y est, c'est bon, on peut passer à autre chose ? Nân ? Vous voulez en savoir plus ? Bien sûr. Quel sale petit poulpe, hein, c'est toujours pour sa gueule. Je vous jure. Sous prétexte que c'est le plus trop joli bébichou crômignon de l'univers galactique du monde, il a droit à tous les bons plans, c'est pas croyable. La boulangère qui lui file des quignons croustillants, la bouchère qui lui glisse un petit bout de jambon, la marchande des quatre saisons (bon, elle s'appelle genre Bernard à grosse moustaches, mais c'est pour la métaphore) qui lui refile des prunes à l'oeil, voilà, c'est tout pour le bébé mignon qui a l'air si franc du collier avec ses beaux yeux gris. Y pourrait manger gratos, l'immonde rogaton qui enfle tout le monde.

Ah ouiche ! Pasque vous croyez que sa fourberie naturelle a disparue, vous ? Macaque-jambonneau, oui. Avec le développement impressionnant de son cortex (mon fils est très intelligent, il faut le savoir, c'est génétique, il tient ça de sa mère) est venu le développement impressionnant de sa fourbirissime aptitude à l'entourloupe baveuse soigneusement emballée d'un bisou neutraliseur de parents, le vrai Arsène Lupin de la connerie, le Sigmund. Classe et distinction pour te foutre par terre un litre de lait dans la cuisine, te démouler un litre de mazout pollué dans sa couche mal fixée, te cacher soigneusement un trousseau de clé dans la poubelle à déchets puant ou encore te casser les burnes précisément au moment ousque tu peux enfin larguer la purée dans bobonne après des semaines d'abstinence forcée.

M'en fous. Ce soir c'est byzance et traderidera. Je me fais une petite soirée pépouze loin des contingences couchophiles et autres joyeusetés merdiques de la paternité moderne. J'ai négocié une soirée tranquille, loin de l'enfer des comptines et jeux à la con (si je tenais le fils de babouin qui a inventé le « Papa à dada ! », je lui ferai bouffer les noisettes qui lui tiennent lieu de cerveau, sale géniteur de rejeton d'ivrogne) et je suis tranquillement assis dans un sympathique troquet à écouter une bande d'ivrognes disserter sur la quantité réglementaire de pastis minimale dans les verres, mais bon, je m'en tamponne, j'ai piraté la connexion wifi du patron et pour la première fois depuis bien longtemps, j'ai le temps d'écrire ces quelques mots sans penser inexorablement aux montagnes de boulot formolisées qui m'attendent ou à mes obligations de père du bébé le plus fourbe de l'univers galactique du monde.

Voilà. Ca fait du bien quand même.