Ce week-end c'est ballot mais toute les conditions étaient réunies pour que nous réalisions, mon amour-ça-me-gêne-pas-de-marcher-dans-la-boue, le petit boulet des carpathes et moi, un petit voyage à la campagne. Oui, oui, vous avez bien lu, à la campagne. Comme la pédiatre de la mort a fini d'administrer à Sigmund les centaines de vaccins nécessaires, celui-ci est maintenant prêt à tenter des trucs un peu dangereux genre la campagne, c'est normal. Moi-même, j'ai récemment effectué les rappels de tous les vaccins principaux et je peux m'aventurer au delà du périphérique dument immunisé contre la fièvre jaune, la méningite et le chancre du fumier. C'est pas que ça nous attire particulièrement, notez bien, mais d'obscures raisons familiales nous obligeaient pour une fois à accepter trois jours durant de ne voir que du vert et du marron à perte de vue, l'horreur, l'horreur.

Il faut savoir que la famille à Sigmund est essentiellement urbaine, la quintessence de la proximité avec la Nature étant réalisée une fois l'an par un pique-nique au bois de Vincennes, vas-y, mets-toi là, là ? T'es sûr, ça m'a l'air humide ? Vas-y je te dis. Aaaarggh, t'as vu cette fourmi, elle m'a l'air énorme.
Pouf, pouf.
Alors quand il faut se déplacer pour aller se mouiller les arpions près de la Creuse, c'est une autre paire de manches bottes. Nân mais je sais pas si vous y êtes déjà allé, à la campagne, mais franchement on dirait un film d'horreur. Attention, je parle pas d'une campagne sympathique comme il y en a dans mon Sud natal, les jolies collines un peu pelées, l'odeur du romarin et du thym dans la brise légère, la chaleur qui fait vibrer les plantes et chanter les cigales, non. Non, je vous parle de cette campagne à base de boue et de grandes étendues pleines d'herbes, avec des arbres par-ci, par-là, de cette campagne avec pleins de gros tracteurs farceurs qui jaillissent on ne sait d'où pour vous couper la voiture en deux, l'horreur, l'horreur, l'horreur. Le tout horriblement humide, tout est humide, la serviette dans la salle de bain au petit matin est encore humide, le pain au petit déjeuner est humide, les vêtements sont humides, la couche de Sigmund est humide, l'herbe est humide, l'air est humide et la Creuse en bas du jardin est humide, j'en parle même pas.

Bon déjà le Sigmund a pas l'air d'avoir chopé une maladie rare de la campagne par là-bas, c'est déjà une bonne chose. Il n'a même pas l'air d'avoir été gêné par les horreurs du week-end, pas de problème aux yeux par exemple, alors que moi tout ce vert j'en ai chopé une conjonctivite purulente, la célèbre conjonctivite des champs, c'est drôlement douloureux. C'est vrai quoi, on est là, habitué à toutes ces couleurs urbaines reposantes pour les yeux, le gris, le noir, le gris clair, le beige,le gris foncé, le gris moyen, le grigri, le gris tiède, le gris pétant, le gris soutenu et paf, on te flanque dans les mirettes du vert, du vert, du vert, du marron, du jaune et toutes ces couleurs qu'ont pas de nom, c'est inhumain à la fin, t'as les yeux qui te sortent de la tête en moins de deux, sauf Sigmund. Rien à foutre, lui, tranquillos. Du moment qu'on assure la fourniture de nourriture à heure fixe, rien ne l'atteint, il est imperturbable de la couche. Evidemment, j'aurai du m'en douter, hein, il est habitué à vivre en milieu humide, le moutard, avec toute la flotte qu'il te balance dans sa couche à longueur de journée, tout en gazouillant comme un écureuil qui a trouvé une belle paire de noisettes un automobiliste qui a trouvé une belle place même pas de livraison.

Si ça se trouve, plus tard, il sera paysan le Sigmund. On n'en sait rien, hein, on sait jamais. Moi je le vois bien dans un poste prestigieux de l'administration, genre contrôleur des impôts, mais lui si ça se trouve, son trip ce sera l'élevage de truites de pré-salé ou la culture de betteraves-party. On ne peut jurer de rien. Déjà qu'il a le geste auguste du semeur pour envoyer valdinguer les jouets qu'on lui pose inlassablement sur la table tels des sisyphes limites esclaves de service, de là à ce qu'il nous fasse un retour à la nature, je t'élève des moutons dans la boue, viendez voir papa et maman comme c'est agréable, venez passer un p'tit week-end, on ira marcher dans les champs.
Tiens, ça me donnera un bonne excuse pour refuser.