Ah la la, évidemment, les Fabulettes d'Anne Sylvestre, c'est toute une institution. Chais pas, moi, Anne Sylvestre, on m'en chantait des chansons quand j'étais petit (le veau), alors bon j'ai l'impression qu'elle a toujours existé, Anne Sylvestre c'est un peu le Rahan de la chanson pour enfants, quoi. Mais bon. Et là maintenant il se trouve que je suis moi-même affublé d'un enfant, je sais pas si je vous l'ai dit, et donc voilà, c'est parti pour les fabulettes en boucle sur le pickup de la maison. Ah non, pas pickup, c'est des mp3 maintenant.

Sauf que.
Maintenant que j'ai grandi et que je suis devenu un sale bourgeois un adulte responsable qui sait ce qu'est la vie et la mort, surtout la mort, ben les fabulettes je ne les trouve pas si innocentes que ça, voyez. Faites un tour sur wikipédia, et vous saurez pourquoi. Pour s'en convaincre, examinons si vous le voulez bien la chanson suivante, appelée sans doute à devenir un monument de la chanson contemporaine française, Lulu le ver luisant :

C'est Lulu le ver luisant
Qui juge assez déplaisant
De se trouver sans lumière
Au milieu de la clairière
Car dès que tombe la nuit
Ce n'est pas lui qui luit

Bon, donc c'est l'histoire d'un ver luisant qui s'appelle Lulu, déjà c'est pas courant comme nom Lulu pour un ver luisant, c'est plutôt le surnom du tonton libidineux qui montre une fausse bite lumineuse en plastique à la fin du mariage. En plus Lulu ne luit pas du tout, bonjour le ver luisant, en gros Lulu n'est pas une lumière. On le voit venir, Lulu est un gros couillon pas très fin, incapable de se repérer sans GPS dans la nuit vu qu'il sait pas luire. C'est vrai que c'est hyper-valorisant comme héros pour les petits garçons, ils vont vachement bien s'identifier. Nân mais atta, atta, la voilà la vraie héroïne de la chanson.

Ce n'est pas lui qui luit
Il attend son amoureuse
C'est elle qui est lumineuse
Elle est vraiment très charmante
C'est sa belle ver luisante
Et d'une voix suppliante
Lulu lui chante

Aaaah ouais d'accord, c'est son amoureuse qui est une lumière, on comprends tout, Lulu a le QI d'un papillon de nuit qui a vu une lampe électrique tandis que sa copine c'est carrément Angelina Jolie. Ca commence bien cette histoire, y'a pas du tout de parti-pris, notez bien. Le Lulu, non seulement il s'est planté dans la route pour venir, perdu dans le noir vu qu'il avait pas changé les ampoules des phares, mais en plus c'est un boulet qui supplie sa copine qui l'attend tranquillos, pas perdue, elle, puisqu'elle a pas bougé son cul.

Charlotte, Allume ta loupiote
Quand j'te vois qui clignote
Moi je capote Charlotte
Si j'vois pas ta loupiote
En rond je tournicote
Faut qu'tu m'pilotes

Aaaaaaaaahhhh ouais, d'accooooord. Scusez. Comment qu'elle l'a bougé, en fait. Je connaissais pas ce coté gangsta-rap d'Anne Sylvestre, voyez. Move your money-maker et tout ça. Nân mais vous le voyez ce gros naze de Lulu avec ses chaînasses en or, en train de chanter d'une voix grave Come on Charlotte, move your ass, yeah, quand tu clignotes j'enfile ma capote ? Rhôôôô. Mais y'avait pas de Parental Advisory sur la pochette du disque en plus. Et puis elle cherche un peu la Charlotte, elle fait la con avec sa lampe-torche pour que le pauvre Lulu se perde encore plus, lui il est pas si macho que ça, hein, vu qu'il reconnait que c'est elle qui doit piloter en s'occupant du GPS, mais elle macache. Ou alors la métaphore est encore plus scabreuse, et elle lui fait le coup de la danse des sept voiles et c'est pas sa loupiote qui se dérobe. Ah la vache, Lulu y va nous pêter une durite, je vous le dis.

Mais Lulu le ver luisant
Ce n'est pas très amusant
Dès qu'il retrouve sa belle
Il ronchonne et il grommelle
Car au fond ce qui l'ennuie
C'est qu'c'est pas lui qui luit
C'est qu'c'est pas lui qui luit
Il voudrait qu'son amoureuse
La mette un peu en veilleuse
Mais la belle ver luisante
Aime qu'on la complimente
Et d'une voix menaçante, Lulu lui chante

Tu m'étonnes qu'il râle sec le Lulu, non seulement sa greluche l'enduit avec de l'erreur en lui faisant des faux signes avec une lampe torche genre naufrageurs de la côte, mais en plus elle aime qu'on la complimente, ah ça me semble clair, elle se laisse faire du rentre-dedans par des gros connards de papillons de nuit bodybuildés alors que lui personne ne le drague quand ils vont à la Tchounga, vu qu'il ne luit pas rapport à son phare cassé. Non mais la vie elle est trop dure pour ce pauvre Lulu, quand même.

Charlotte, Baisse un peu ta loupiote
Si j'te vois qui gigote
Je te calotte Charlotte
On voit trop ta loupiote
Mais qu'est-ce que tu mijotes
Espèce d'idiote

Ah ben ça devait arriver, hein, le Lulu dérape complètement, avec l'autre qui se trémousse sur la piste de danse et tout ça, serrée de près pas un sphinx, forcément il pète les plombs. Mais c'est un gros macho, alors au lieu de se casser, il met une avoinée à la Charlotte. Ben ouais. C'est triste comme histoire, c'est sordide. Il l'insulte, la tabasse et juste après se mange un gros pain d'un des videurs de la Tchounga. Il termine avec le pif cassé sur la parking de la boite de nuit, sympa, tandis que la Charlotte est en train d'allumer toute la boite de nuit. Bon OK, Lulu c'est un gros macho, mais la Charlotte quand même, elle est pas blanche blanche dans cette histoire, non ? En tout cas c'est pas elle qui se retrouve avec la chemise pleine de sang en train de vomir sur la capot de la bagnole, qui en plus a un phare cassé.

Quand Lulu le ver luisant
Après un tour dans les champs
Vient retrouver sa famille
Il n'y a plus rien qui brille
Il est perdu dans la nuit
Ce n'est pas lui qui luit
Ce n'est pas lui qui luit

Evidemment, le Lulu bourré et défiguré s'est perdu dans les champs pasqu'il a voulu rentrer à pied, sympa, maintenant il a de la boue plein son falzar, et puis c'est pas malin vu que la Tchounga est au milieu de nulle part dans les champs de betteraves. En plus il pleut. Ca va, c'est bon hein, c'est pas la peine de l'accabler le pauvre Lulu, il a déjà suffisamment morflé, on a bien compris qu'il était pas malin malin, c'est pas la peine de répéter que c'est pas lui qui luit, quoi. Quelle chierie, c'est vraiment pas sa soirée, au Lulu.

Il cherche dans les parages
Sa piste d'atterrissage
Mais la belle ver luisante
Fatiguée qu'on la tourmente
N'écoute plus la méchante Lulu qui chante Charlotte
Je cherche ta loupiote
J'ai les yeux qui picotent
Et je grelotte Charlotte
A éteint sa loupiote
Plus rien ne l'asticote
Elle tricote


Evidemment, l'autre innocente de Charlotte, elle en a plus rien à foutre du Lulu, maintenant qu'elle a trouve son sphinx de sibérie, alors elle s'en tape et elle efface direct les textos que lui envoie ce pauvre Lulu. Le Lulu dans son champ de betteraves il ne voit plus une seule lumière pour s'en sortir, non mais quel con d'être parti à pied, mais bon c'est Charlotte qui avait gardé les clés, aussi. Franchement se faire jeter comme ça, c'est vraiment pas cool. Il grelotte le pauvre, pendant que la Charlotte se fait offrir des visons par son nouveau mec qui est architecte à New-York (on se demande ce qu'il fout à la Tchounga, mais bon). En tout cas il a touché le gros lot, lui, pasque la Charlotte, son rêve dans la vie c'est de tricoter, super. On avait commencé dans le féminisme, mais ça se termine nettement plus mal, je trouve. C'est carrément du Gansta-rap nazos.

Hé ? Mais attendez. J'avais mal lu ? la méchante Lulu qui chante ? C'est un travesti le Lulu ?
Ah mais ça change tout. C'est plus une chanson, c'est une histoire à tiroirs. Si ça se trouve Lulu et Charlotte sont la même personne, et cette chanson nous raconte les aventures d'un schizophrène qui se tripote la lampe-torche.
Elle est forte, quand même, Anne Sylvestre.