Les bébés ce sont rien que de sales petits chronophages. Et des brocoliphages, aussi, mais c'est une autre histoire. Franchement, si t'as un planning surbooké genre homme d'affaires international de mes couilles, tu peux oublier le bébé, t'arriveras pas à le caser entre le vol pour Toronto ousque tu dois vendre des balayettes à chiottes électroniques et le vol 714 pour Sydney. Ou bien si tu es un astronaute par exemple, ben laisse tomber le bébé parce que t'auras pas le temps vu tout les trucs que t'as à faire comme apprendre à pas vomir dans l'essoreuse à salade géante ou bien les boutons rouges que tu as le droit de jouer avec. Il faut savoir -de préférence avant de se laisser piéger par une matrice sur pattes boostée par son horloge biologique- qu'un bébé n'est qu'une immense perte de temps. Le bébé, fourbe par nature, s'accapare ton temps avec autant d'aisance qu'il te chourre la télécommande pour zapper sur la Une alors que tu es en train de mater les pêcheuses de perles sur Thalassa. Le bébé en a rien à foutre que tu aie autre chose à faire, vu que lui n'a rien à faire d'autre que te pourrir la vie en bavant. Et toi, tu pleures avec tes yeux le temps béni où tu avais la maîtrise de plus de dix minutes consécutives de ton emploi du temps.

Prenons par exemple un jeune père moderne au hasard. Complètement au hasard, plutôt du genre conciliant, bonne pâte, serviable et qui sent à peine le formol. Et bien c'est scientifiquement prouvé par des études réalisées par la Nasa (qui au passage ferait mieux de s'occuper à mieux protéger les gros boutons rouges, sinon il suffit d'un astronaute dont l'attention est détournée par son bébé qui lui demande un biberon au moment du décollage, le temps de dire "Tu peux t'en occuper chérie" et hop le moment d'inattention, boum la fusée, bravo c'est malin), mais un jeune père passe environ 98 % de son temps libre à s'occuper de son sale moutard, les 2% qui restent il se réfugie dans les chiottes en ricanant nerveusement pour lire au choix Moto-magazine, Informatique-Magazine ou Cercueil-Magazine. En devenant père, ce jeune inconscient à mis le doigt dans un engrenage parfaitement huilé au mytosil qui le mènera doucement vers les pires moments de son existence, notamment la diarrhée mutine de trois heures du matin qui attaque le sol comme la bave d'Alien rongeait les coursives du Nostromo. En devenant père, ce jeune homme prometteur abdiquera aussi toute velléité d'avoir du temps à soi, sans avoir jamais signé quoi que ce soit, ce qui est totalement illégal.

Alors qu'avant par exemple il aurait fait des tas de trucs cools : genre grandes parties de jeux vidéos avec des potes jusqu'au bout de la nuit pour faire souffler un vent de folie avec les ventilateurs de son unité centrale de hardcore gamer. Ou bien il aurait fait des tas d'activités sportives rigolotes mais là tout de suite j'ai pas d'exemple pasque le sport c'est nul. Ou bien aussi il aurait cultivé du taboulé sur son balcon ou que sais-je encore. Des trucs rigolos, quoi, des trucs funs que tu sais même pas que ça existe avant mais que tu regrettes de n'avoir pas fait, après. Peut-être même que ce serait devenu quelqu'un d'important, va savoir, à force d'écrire des counneries dans des magazines hyper-hypes ce serait peut-être devenu le nouvel écrivain du siècle, enfin bon bref le nouvel écrivain de counneries du siècle au moins, ou alors c'est les jeux vidéos ce serait devenu le nouveau joueur du millénaire à Ray-man contre les lapins crétins, ou bien encore la plus grosse fortune du monde dans le taboulé. Une pointure, quoi, un crack, pas un gros naze qui parle sans arrêt des diarrhées de son fils. Va savoir. Et on le saura jamais à cause de ce gros fourbe de bébé.

C'est comme au boulot, hein sa vie sociale et son avancement sont réduits à zéro, vu que ce jeune père passe son temps de pause à écrire des nouvelles counneries dans un bloug qui parle encore et encore du petit boulet, c'est dingue. Au lieu d'aller manger avec le nouveau directeur général, celui qui pourrait filer un petit coup de pouce pour booster cette carrière en déliquescence comme le foie d'un macchabée trop avancé. Au lieu d'intriguer dans les allées silencieuses du pouvoir, et de chercher à placer ce tout nouveau modèle de cercueil avec lecteur mp3 intégré et accès Internet qui permet de donner des nouvelles à vos amis même dans la tombe ("Kikoo lol, tu sé ke jé u 1 aksidan ?"). Pasque dans le monde du funéraire, c'est comme dans n'importe quelle entreprise, faut creuser son trou. Si on t'oublies, t'es vite mort. Un faux-pas et c'est le placard. Pire, si tu t'enterres dans ton bureau pour écrire des blougueries, personne ne pense à toi quand vient le temps de la distribution des bonus faramineux. Et t'as beau être le premier dans plusieurs catégories genre vente de sapin désodorisant pour cercueil, et ben tu l'as quand même dans le baba, et bien plus profond qu'une tombe de fosse commune.

Et donc forcément quand tu sacrifies tout ça pour un sale petit poulpe qui te le rend au milluple en imprécations, cris, pleurs, vomis, diarrhée, hurlements, pets, rots, coups, griffures, clameurs, morsures, chouinements, merdouille, jet de pisse, hoquets, et par dessus tout dédain, et ben ça lasse.
Forcément ça lasse.