Comment qu'on fait pour abandonner son bébé, hein ? Non, mais franchement je pose la question, pasqu'avec toutes ses giries depuis maintenant neuf mois, on a toujours pas réussi à le faire, mon amour-à-bidon-vacant et méziguche. C'est pas vraiment les modalités pratiques qui nous empêchent, hein, pasque bon c'est assez fastoche, faut pas déconner y'a plein de structures pour ça, rien de plus simple à organiser. En deux temps trois mouvements (c'est con comme expression, d'ailleurs, deux-temps je vois bien, ça doit être pasque il y a un mobylette, mais trois mouvements c'est pasque que c'est une symphonie, ça existe ça, des symphonies qui parlent de mobylettes ?) donc je disais en deux temps (Mêêm mêêêêêêêm) trois mouvements (Pom Pom Pom Pom), le minot on te le bazarde. Nân, c'est plutôt la force morale qui nous fait défaut, genre on parle, on parle, et que je te cause et que je t'envisage, mais macache bernique y'a jamais de passage à l'acte.

Hein ? Quoi ? Quoi que vous dites ? Ah noooonn, pas abandonner complètement, qu'est-ce que vous aller chercher. On peut plus s'en débarrasser maintenant, c'est pas qu'on y tienne sentimentalement mais avec tout l'argent qu'on a investi dedans, on a intérêt à le garder pour toucher les 10% parentaux de son salaire plus tard. C'est de l'investissement à long terme, quoi. Hein ? C'est quoi cette histoire de 10% ? Vous le faites exprès ou quoi ? Je parle des 10% que les enfants sont obligés de verser à leurs parents sur chaque gain. Le truc légal quoi. Hein ? Quoi ? Ca existe pas ? Attendez j'appelle mes parents, ça va saigner. Pouf pouf. Donc c'est pas qu'on veut s'en débarrasser complètement, mais juste pour une soirée ou pour quelques jours, quoi histoire de faire un prison baby break. Ouais, ouais, je sais, vous foutez pas de nous mais depuis sa naissance on l'a pas encore laissé plus de deux heures d'affilée sauf la fois où on l'avait abandonné aux vampires de la prise de sang pour aller acheter de l'ail, du whisky béni et des crucifix (pfiouuu, hyper-dur à trouver les crucifix de nos jours, j'ai été obligé d'en voler dans une église).

Par exemple l'autre jour j'ai croisé nos voisins qui ont eu leur petite Annabelle-Cunégonde en même temps que nous. Enfin qu'on avait Sigmund, nous, pas Annabelle-Cunégonde, merci bien, déjà un bébé c'est relou, mais un bébé-fille ça doit être encore plus relou, genre attends je mets de la crème hydratante avant que tu mettes ma couche ou bien fais gaffe avec ta cuillère de purée de brocolis tu racles tout mon gloss, couillon. Donc Annabelle-Cunégonde, qui a le même âge que Sigmund, à quelques jours près, et potentiellement le même développement affectif et intellectuel, ben ses parents n'hésitent pas à la laisser pour partir faire des fiestas à tout casser. Quand je les ai croisés, il partaient à Venise pour quatre jours, pépouzes, tandis que derrière la porte de leur appartement on entendait Annabelle-Cunégonde supplier qu'on ne la laisse pas. Mais eux partaient sans jeter de coup d'oeil en arrière, de peur sans doute d'être transformés en statues de mytosil. En tout cas, il se cassaient à Venise. En même temps, je sais, Venise c'est peu nazebroque comme destination, franchement avoir le mal de mer sur des gondoles humides dans les odeurs de vase croupie, ça va bien cinq minutes.

Mais bon quand même. A part un ou deux petits restos, on ne le lâche pas le Sigmund. Doit y avoir une méthode pour se le décoller en toute confiance quand même. Dommage que la nounou fasse pas une version pension complète, à la semaine ou au mois, pasque maintenant c'est vrai qu'on a confiance, vu que c'est elle qui le fait le principal de son éducation. Chais pas moi, y'a peut-être une règle pour lâcher les bébés, un âge prescrit pour la faculté, chuis sûr qu'on est hyper en retard et vous allez m'assaisonnez dans les commentaires comme quoi c'est trop la honte. Mais bon. Peut-être c'est qu'on est trop accros aux fourberies du bambin. Ou peut-être qu'on s'y prend mal. Va savoir.
En tout cas si ça continue il faudra que ça cesse. On peut peut-être le donner à une oeuvre humanitaire. Ou à un laboratoire...