Je sais pas ce qui se passe, mais notre Sigmund boute-en-train je me réveille dès le matin est en train de devenir une grosse feignasse. C'est pas croyable à son âge quand même, déjà à trainer le matin au lit. Ah ça promet, hein. Non pasque avant ce frais gardon des alpages (huuum, gardon des alpages, c'est cela, oui, j'ai du mal à voir comment un gardon des alpages pourrait être frais vu qu'il serait mort étouffé, vu qu'un gardon c'est un poisson, et qu'un poisson dans un putain d'alpage en train de faire des yeux de merlan frit à Heidi, forcément il a du mal à respirer au bout d'un moment. Merlan ou gardon, c'est pas la question. Ou alors il faut qu'il soit mort y'a pas longtemps, et qu'on puisse vérifier la couleur des ouies et des paupières, comme chez le poissonnier, là oui tu vois s'il est frais ton poisson, sauf s'il maquillé des paupières, mais ça devient un brin compliqué pour le poissonner tricheur de faire des smoky eyes à tous ses poissecailles la matin, sans rigoler. Smoky eyes ? Faut que j'arrête de lire des blogs de filles, moi). Qu'est-ce que je disais ?

Ah mince j'ai même pas fini ma phrase. Donc. Pouf pouf.
Non pasque avant ce frais chamois des alpages... huuum, c'est naze chamois des alpages, ça sonne pas bien. Bon, tant pis, on va pas y passer la journée, j'ai des morts à croquer, moi, c'est pas possible. Donc le Sigmund, avant, se réveillait à grands cris dés six heures du matin pour réclamer son seau de lait qu'il prenait dans la tronche et plus vite que ça. D'ailleurs je me demande à quel âge les bébés cessent de crier le matin pour réclamer à manger, est-ce qu'un jour il fera juste un truc genre abeu-ilou-bilou pour dire qu'il a faim, ça serait bien, pasque moi j'aimerais bien entendre à nouveau le son mélodieux de mon réveil rigolo avec ses sonneries découvertes dans la nature, genre la mer qu'on voit danser, le coucou du haut de son grand chêne et les cris mystérieux des bébés ragondins le soir dans les sous-bois. Faut attendre quel âge pour qu'il nous réveille sans hurler à la mort papa ta race pourrie j'ai faim il arrive mon bibi (ça rime, c'est pasque Sigmund est très fort pour les rimes, genre : ababeu babila / beheheu ah ah ah, ce qui veut dire Je sais mon cher papa que nous sommes en retard / mais je viens dans ma couche de larguer un homard). Hein, combien d'années encore ? Bref. Donc les cris de Sigmund précèdent habituellement le réveil, sauf que là justement, le Sigmund dort tellement qu'on l'entends à nouveau, le réveil.

Oui, le petit fourbe se réveille à sept heures, maintenant. Peinard. Bon, ça l'empêche pas de hurler à la mort, mais nous ça fait déjà cinq bonnes minutes qu'on est levés et qu'on a commencé à manger notre habituel petit déjeuner, du thé, du pain, de la confiture et des calamars à l'escabèche. Et du jus d'orange, des fois. Le problème maintenant c'est qu'il faut décider çui qui interrompt son petit déjeuner pour alimenter le gouffre de Padirac ambulant qu'est notre petit bébé ragondin à nous. Et comme à la maison le calamar à l'escabèche c'est sacré, il y a parfois des décisions difficiles à prendre, allez c'est toi, non c'est toi, non c'est toi, j'lai fait hier, oui mais moi deux fois avant, c'est pas vrai, prends le carnet, mais je marque plus, ah ben tiens, allez c'est toi, non c'est toi, j'le ferai demain, ouais tu dis ça mais après tu finis le calamar en douce, même pas vrai, bon j'y vais mais demain c'est toi, promis, promis, ouais, ouais promis attends je finis la boite là.
Bon c'était pas mieux avant, puisqu'il fallait décider qui se levait pour aller combler la fosse des Mariannes qui nous sert de rejeton, allez c'est toi, non c'est toi, non c'est toi, j'lai fait hier, oui mais moi deux fois avant, c'est pas vrai, prends le carnet, mais je marque plus, ah ben tiens, allez c'est toi, non c'est toi, j'le ferai demain, ouais tu dis ça mais après tu fais l'endormi, même pas vrai, bon j'y vais mais demain c'est toi, promis, promis, ouais, ouais promis attends je me rendors là.

Du coup quand même, on a presque des nuits complètes. C'est pas mal. Bon, habituellement la nuit complète pour nous, c'est plutôt genre dix heures du soir - dix heures du matin, un peu comme la galette complète, du fromage ET des oeufs ET du jambon, bien grillée avec du beurre, résultat identique, tête lourde et estomac retourné mais qu'est-ce qu'on se sent bien après. Mais bon, ne faisons pas la fine bouche, ne crachons pas dans la soupe, ne marouflons pas les rémiges, ne cherchons pas midi à quatorze heures (c'est un jeu, faut que vous trouviez la fausse expression dans les quatre qui précèdent), c'est quand même appréciable de pouvoir dormir un peu plus. Ca durera ce que ça durera, probablement jusqu'à la prochaine maladie, c'est à dire demain.
Ah oui pasque je vous ai pas dit, mais on a tous attrapé la légionnellose.