Ben non pas du tout justement. S'il y a bien un truc qu'est vraiment fastoche avec le bébé Sigmund, c'est de le nommer. C'est tellement fastoche qu'on dispose à la maison d'un répertoire inépuisable de surnoms adaptés aux circonstances pour tailler une bavette avec le boulet, la patate, le bébé des carpates ou discuter le bout de gras entre nous des avantages et des inconvénients d'avoir Mr Boditoumi à la maison. Des surnoms, on en invente à la pelle, par tombereaux, en chansons, des treize à la douzaine n'en veux-tu n'en voilà et paf. Chais pas pourquoi d'ailleurs, mais c'est comme ça. Peut-être un besoin de mater l'indicible et de poser un nom sur cette douleur obsédante de la nouvelle paternité (vous inquiétez pas, je suis en train de lire No Kid, mais ça va très bien). Ou alors c'est juste pour se foutre un peu de sa fiole (ça fait du bien et ça revient au même en fait). Mais bon voilà, le fait est que, qui se couche Bouleton peut se réveiller Schmoufing baby, ou bien Caruso du berço, ou bien encore Bela-les-dents (référence à Lugosi).

Comment qu'il s'y retrouve le Sigmund, je sais pas. Sûrement le ton de la voix ou un autre truc, peut-être la gestuelle. Pasqu'évidemment, je suis sûr que le petit fourbe des alpages a bien compris que gentille voix toute douce = en avant la déconne tandis que grosse voix qui bourdonne = gare à mes miches. Déjà spécialisé les parents. Ca a commencé la fois où je lui ai coupé un doigt avec les ciseaux à ongles, depuis je fais clic clic avec les doigts (genre deux-doigts coupe-faim, délicieuse pub rengaine des années maudites, malheureusement interdite aujourd'hui comme toute la production télévisuelle des années quatre-vingts (y compris Bernard Tapie en short chez Véronique et Davina)) et J'en-tiens-une-couche se la met instantanément en veilleuse. Bref, c'est pas le sujet. Mais y doit nous reconnaître à la voix, peut-être à l'odeur, sinon, surtout le matin (hum, cette délicieuse odeur de bouc mariné aux épices, ce serait pas papa qui vient me sortir du lit à coup de biberons, des fois ? Ouaip, faut que j'arrête de cuisiner indien quand même). En tout cas ça change rien pour le petit Cheese Nan de service.

Du coup on pensait que tout le monde faisait pareil, genre on connaît tous LaGrossePatate qu'a changé de surnom (c'est là), ou bien encore le Haricot, hein, bon. Mais apparemment c'est pas vrai, y'aurait des parents qui donneraient pas de surnoms rigolos à leurs rejetons. Qui ne les appeleraient que Kévin ou Jean-Christian (ou Agato, ah non ça marche pas), ou bien à la limite sale moutard mais pour de vrai. Comme c'est triste de se priver de la joie de ridiculiser ces petits êtres infirmes et informes en les affublant de sobriquets d'un goût douteux, genre Pue-du-cul ou Choubidou-la-chiasse. Pour nous la question ne se pose pas, puisque cette pratique des surnoms est un héritage familial, non, non, n'insistez pas, vous ne saurez rien et le tonton de Sigmund a intérêt à la boucler s'il ne veut pas pas que je lâche le morceau (quant aux grands-parents de Sigmund, je ne les menace pas, mais qu'ils sachent qu'un billet de train est facilement remboursable, hé hé hé). Des surnoms, on s'en est fadé des palanquées, ce n'est que justice que nous puissions maintenant nous venger sur le Sigmund, dit également Croque-chaussettes, Mister Magoo, Gueule-en-biais et l'Aspirine (je me suis déjà expliqué sur ce dernier surnom).

Faisons un test. Combien d'entre vous ont des surnoms d'enfance que leurs parents continuent à leur donner ? Hein ? On fait moins les malins, là. Se faire appeler Bichounet ou Biloubilou quand on a quarante ans, ça fout bien les boules, c'est vrai. Et combien d'entre vous ont des surnoms pour leurs sales moutards ? Un paquet je parie, en majorité des trucs softs comme Bébichou ou P'titpoussin. Bon maintenant, combien d'entre vous ont plus de cinquante surnoms différents pour leurs maudits lardons de plus de sept mois ? Ah ouais. C'est plus dur, là. Vous avez le droit de compter les surnoms uniques genre quand vous braillez "nom de dieu de bordel à cul de sale petit chieur de mes deux playmobils réunis", si d'aventure vous êtes du genre à crier ce genre de choses. Vous avez droit aux surnoms mièvres genre Boutchou comme aux surnoms hard comme Bouffeur de Mytosil. Ben vous voyez c'est dur d'atteindre les cinquante. Sauf chez nous, c'est vous dire si on est névrosé par ici. Ceci dit, forcément, ça suit une courbe asymptotique genre pétage de dos cette histoire de surnom. On commence fort mais on va être obligé de s'arrêter à un moment donné. Genre quand il aura dix-sept ans, une petite chérie et un dernier surnom : Trace de pneu.