Ouais mais non c'est pas ma faute. Non, c'est l'autre truc, là, le cocktail de la mort pour lendemain de réveillon de noël (j'aime pas noël), le mélange hypra-gazeux qui te gonfle l'estomac comme un dirigeable Zeppelin et après ça s'enflamme tout pareil ou presque, bonjour la catastrophe de l'Hindenburg dans ton pauvre petit ventre hypercholestéroleux, y sont dingues de faire des cachets qui continuent à effervescer dans ton pylore pendant des plombes, ou bien alors chais pas c'est peut-être le boudin blanc qu'était pas frais. Peut-être. En tout cas le mélange aspirine-oxyboudine je le recommande pas, hormis que ça te sauve de cet espèce de poids dans l'estomac, là, j'aurais pas du reprendre de la dinde au saumon sauce marron grand veneur la quatrième fois, et de cet espèce de poids, là, sur les tempes, rouge sur blanc tout fout le camp, blanc sur rouge y'a tout qui bouge, ça doit être l'alocol de mandarine du dessert j'ai pas supporté, à moins que ce ne soit les cris de joie des sales moutards qui m'ont filé la migraine de noël, tu vois rouge avec des filaments blancs, si l'autre morveux arrête pas de taper avec son hochet sur la table qui résonne, je le jure au réveillon du nouvel an je sers un bébé rôti fourré au mytosil.

Ah oui, revenons un peu sur le cas de ce fourbe bébé de l'année qui passait son premier réveillon en famille. D'un coté, il a n'en a un peu rien à foutre de noël, le lutin maléfique, pasque franchement noël ou pas noël, tant qu'on lui file sa purée de brocolis, sa compote de banane et son lait chaud (c'est pas possible que ça soye mon fils), cet enfant est largement plus content qu'un bambin anxieux découvrant sous le sapin une boite 10 du meccano. D'un autre coté, il a bien senti qu'il y avait chapon sous roche vu le nombre de figures féminines qui se le passaient de bras en bras en une noria glapissante d'exclamations complètement crômignonesques et vu l'activité inhabituelle qui régnaient à la maison, les femmes occupées d'un coté à débiter de la poularde en veux-tu en voilà et les hommes absorbés de l'autre à essayer de réparer les jouets déjà cassés, la camelote chinoise y'a qu'à pas l'acheter bordel. Donc quand même y'a une certain ambiance, et le Sigmund il est très sensible à l'ambiance. En plus il se coltinait l'ensemble en satin rouge du costume de père noël pour bébé qui tourne depuis des lustres dans ma belle famille, bonjour l'apoplexie kitschissimme, j'ai fait des photos, tu peux compter que sa première petite amie y aura droit par lettre anonyme à la première capote de travers.

Alors il s'est mis dans l'ambiance de Noël, genre je me lève en criant à six heures du matin pour avoir mon cadeau. Le fait que son cadeau ça soye un biberon de lait bien chaud et qu'il se lève de toute façon tous les jours à six heures ne compte pas. C'était noël, et fallait bien participer à l'ambiance festive, notamment en chantant un chant de noël de bébé à trente centimètre de l'oreille de son père, son berceau ayant été transféré dans la chambre de ses parents pour parer à l'hébergement d'une belle-famille complète en état de marche. Un chant de noël de bébé, ça donne un truc style "Ouinnn, ouin ouin, ouiiinnn. Ouinnn, ouin ouin, ouiiinnn. Ouiiiiiin ouin-ouin, ouiiiiin ouin-ouin, OOOOOOUUUUUUIIINNNNNNNN-ouin-ouin, OUIN, OUIN, ouin, OUIN, OUIN, ouin (bis)..." à chanter sur l'air de Douce Nuit. C'est super. Pour fêter ça c'est mère qui s'est chargé du cadeau, moi de toute façon j'avais interdit qu'on en offre, ou alors juste du papier, son truc préféré du moment. Du coup il a rien eu pour Noël à part son bibi et un cadeau surprise du père noël (je soupçonne ma belle-mère) une fausse télé qui fait défiler un paysage bucolique à base de cochons qui gambadent en produisant un petite musique horripilante genre lambada jouée par un bandonéoniste argentin dépressif manchot.

Je me demande s'il y a un message caché.