La nounou de Sigmund, toujours à la pointe de la technologie du bébé, s'est mise en tête de faire vivre au petit fourbe des Carpates de nouvelles expériences technicolor panoramique ta mère, histoire de lui développer la cervelle, le muscle et le goût des belles choses. Non, non, je ne parle pas de la diversification alimentaire qui continue bon gré, mal gré, je vous jure ce bébé il est pas de moi malgré ses oreilles décollées génétiquement acquises, c'est pas possible autrement, figurez-vous que ce petit brouteur de verdure adore le cèleri et les haricots verts en plus des brocolis, mais pas les carottes ni la pomme ni la poire. Ah ça quand même, pas aimer la poire faut le faire. Alors que son père et son tonton descendent volontiers une demi-bouteille d'alcool de poire entre le whisky et l'armagnac, moi je dis qu'il y a quelque chose de vicié dans le royaume de la génétique familiale, mais bon. Qu'est-ce que je disais ? Ah oui. Les nouvelles expériences de monsieur brocolis miniature.

La nounou a dans son appartement surchauffé plein de bébés hurleurs un magnifique youpala dont Sigmund profite désormais. Attation, c'est pas un youpala à roulettes comme je croyais que c'est super ses engins franchement y'a des jours si j'avais un youpala, moi, je crois que passerais ma journée à me promener pépouze les fesses au chaud et les jambes pendantes, avec un petit coussin dans le dos pour se tricoter des siestes impromptues ça serait le bonheur, ohoh oh oh. Mais non. C'est une espèce de youpala yoyo que j'avais jamais vu de ma vie, un truc dément, une nacelle accrochée par une grosse ficelle à ressort au plafond et réglée juste juste pour que les jambes du bébé elles frottent par terre du bout des chaussons trop grands qu'on lui a acheté franchement on dirait qu'il a des palmes. Manque plus que le tuba et le bonnet et hop t'as Cousteau dans un youpala qui gigote comme un dingue.

Pasque pour gigoter, ça gigote. Le machin a un ressort super-puissant qui permet à de petites pattes grêles d'arriver sans problème à donner une impulsion monumentale à tout le bouzin, et en trois secondes le Sigmund est embarqué dans une espèce de yoyo géant qui non content de le secouer avec la grâce d'un shaker géant occupé à confectionner un Pamper's (c'est un cocktail que j'ai inventé : une part de rhum, une part de jus de citron jaune, trois part de jus d'orange, une part de lait en poudre et un trait de mytosyl) le fait aussi tournoyer comme une des machines diaboliques que les cosmonautes utilisent pour s'entraîner ("Kamarad ? Kamarad ? Est-ce que ça va ? Très bien, très très bien, pour la Mère Patrie vers l'infini et au-delaouaargh") avant de s'envoyer en l'air dans des tas de boulons moins fiables qu'une poussette de compétition sélectionnée par une maman enceinte à fixette. Ah faut le voir le Sigmund dans son essoreuse à salade automatique, agité comme un sale gnome à talonnettes, tracté, propulsé, secoué dans tous les sens. Ah faut le voir, écroulé de rire.

Pasque bien sûr, il éclate de rire en se faisant centrifuger la tronche. J'ai souvent constaté cette louche attirance des bébés pour les machins qui les remuent exagérément genre les bras du Tonton Emile mais non t'inquiètes pas j'ai l'habitude de les envoyer au plafond comme ça, regarde il rigole, ah merde je l'ai pas rattrapé, ah c'est rien pleure pas comme ça c'est qu'une clavicule à la fin. Tous les bébés ont l'air d'aimer ça et rigolent comme des bossus dès que tu les envoies en l'air. Pourquoi comme des bossus, je ne sais pas d'ailleurs. Pourquoi pas des manchots ? C'est neurasthénique les manchots ? Plus que les bossus ? Bref. Les bébés, y rigolent, y rigolent, moi ma théorie c'est que quand tu leur remues le fromage blanc qui leur sert de cerveau, il doit y avoir de la pulpe qui se décolle au fond genre qui fait contact et hop ton bébé y rigole mécaniquement. Je vois que ça, de toute façon, vu que n'importe quelle personne bien éduquée qui se fait envoyer en l'air comme ça rigole pas du tout, sauf si c'est un astronaute ("Vizize maï job and aïe dou ite for maïe counetri, ah ah ah ah ah, holly motherfuckers, don't touch the red button").

Donc le Sigmund se marre comme une baleine à bosse. Pourquoi à bosse je ne sais pas. Mais il se marre en montant, il se marre en descendant, il se marre en poussant sur ses jambes, il se marre, il se marre.
Et puis il vomit.