Non, je sais ce que vous allez dire, franchement, commencer la fameuse diversification alimentaire avec des brocolis c'est vraiment pas sympa. Non mais c'est vrai quoi, avec les brocolis de l'enfer. On aurait pu commencer avec un truc cool genre une pizza pepperoni ou un saint-honoré géant, mais non, la pédiatre elle a dit brocolis, comme quoi elle est pas forcément de mèche avec Sigmund. Pasque franchement, infliger des brocolis à quelqu'un c'est limite pas humain, la dernière fois que ça m'était arrivé, je crois que c'est mes parents qui voulaient me punir pasque j'avais cassé grand-maman, non, non, pas le vase de grand-maman mais bien grand-maman, je l'avais poussée dans l'escalier, adieu veaux, vaches, cochons et col du fémur. Et donc le brocolis, c'est maudit, d'ailleurs dans la bible y'a un truc sur les brocolis, c'est vous dire si c'est sérieux, un interdit, un anathème, je ne sais plus, en tout cas c'est en rapport avec Sodome, de la brocophilie ou un truc du genre. Et la femme de Lot changée en statue de brocolis. Bref. Donc les brocolis c'est l'enfer par leur gout inénarrable (de lapin) et leur fragance incomparable, une fois cuit.

Ouais bon le Sigmund il plissait son petit nez genre j'ai bien compris qu'il y a un truc pas net, là. On est à peine à une demi-heure de mon biberon durement gagné à la sueur de mon front et tout le monde s'agite déjà à faire des trucs bizarres qui sentent comme ma couche quand je déballe une taupe. Mais qu'est ce que vous allez me faire, hein ? Non mais c'est quoi cette histoire de babiquouque ? Oui pasque bon on a récupéré un babiquouque d'occase, c'est bien, mais bon là on l'a utilisé pour faire des brocolis donc c'est mort il aura goût à brocolis pour toute la vie, ça va pas être pratique d'avoir un babiquouque pour le brocolis, un autre pour les satanées courgettes, un autre pour les carottes du démon, etc, etc. Oui j'aime pas trop les légumes, c'est vrai. Bon. Là c'est vrai que ça se sentait qu'il y avait du nouveau dans l'air (et je ne parle pas de l'odeur écoeurante du brocolis), franchement le Sigmund qui voyait sa mère en train de courir dans la cuisine rapport à un couvercle plus vraiment étanche (ça mouline drôlement fort le babiquouque) et son père en train de vomir en disant des patenôtres d'exorcisme anti-brocolis ("Notre-père, euarrgh, qui êtes aux euaaaargghh..."), et puis les trucs genre la cuillère en plastoc, la chaise haute et la cuisine entièrement tapissée de sacs poubelles, c'est sûr qu'il y avait anguille sous brocolis.

Bon il y a eu droit le pauvre bébé. Attaché dans sa chaise de torture, les bras ligotés, et plaf la purée de brocolis dans le bec. Ouais, comme ça. Qu'au début bon, la déglutition c'était pas vraiment ça. Genre grand sourire et tout coule en dehors de la bouche. Mais bon, à force de lui carrer sa cuillère dans le bec, il a fini par capter le truc, je me suis dit que c'est à ce moment là qu'il allait comprendre sa douleur de pauvre brocophage forcé. Et puis non. Deux cuillerées, trois, puis quatre. Ah la vache, pas besoin de test ADN, c'est sûr maintenant c'est pas mon fils, il a l'air d'aimer ça les brocolis. Oh le petit fourbe végétivore, oh le petit traître brocoliphile, oh le sale petit bouffeur de navets. Il mange des brocolis et il sourit ! Cet enfant est un serial-killer en puissance, shame on me, j'ai du rater une étape fondamentale de son éducation, c'est pas possible, il finira par tuer quinze personnes dans un hippopotamus en hurlant à la libération de ses frères haricots verts, j'ai du rater un truc, c'est couru, pas assez de viandox dans son biberon au premier mois.

En plus, il avait l'air heureux, le petit fourbe. Ca a juste dégénéré un peu à la fin, pasque le Sigmund depuis un mois, quand il ne veut plus un truc, par exemple un biberon ou bien que je lui bourre la margoulette avec sa tétine pour qu'il me lâche deux minutes les baskets quand je regarde "Questions pour un champion" (j'adore la coupe de cheveux de Julien Lepers, ah ah, je laisse la main), et ben il fait prfffftftftftft. Mais si, vous voyez bien, genre, je joue du kazou ivre-mort pasque Marcel a apporté de l'eau de vie de framboise et qu'on se prend pour des schtroumpfs. Ok, aucun rapport. Vous voyez le kazou ? Vous faites comme un kazou, mais sans le kazou, au cas où. Ca y est ? Vous avez bien niqué votre écran avec des postillons plus gros que des têtes de brocolis ? Bon, voilà, vous avez compris le principe du prfftftftf de Sigmund. C'est assez relou, notez bien. Mais bon. Là, avec du brocolis, c'est pas relou, c'est tout simplement Apocalypse Brocolis right now in the kitchen. Le feu d'artifice du 14 juillet avec des fusées martiennes (oh la belle verte). Du napalm brocoliesque en cataracte. C'est tout juste si y'avait pas les walkyries en train de brailler derrière sur leurs chevaux de feu ; en même temps, même les walkyries si elles se prendraient un bon jet de brocolis fluo dans la gueule elles retourneraient fissa brailler au Whahala Walalha Whalhalha Waïkiki-club, la boite de nuit à la mode des dieux nordiques (vers la sortie nord de Tourcoing). La purée de brocolis dans la bouche à Sigmund, c'est l'enfer vert, tout simplement.

Dans le prochain numéro, on essaye avec les carottes.