Le nouveau truc de Sigmund c'est de grogner comme un bébé ours. J'vous jure, c'est pas croyable. Au lieu d'articuler posément les habituels "areuh", "ta-ta" et "pouh" des bébés de son âge, cet espèce d'ahuri troglodyte grogne comme un grizzli en rut. Enfin bon, pour le rut je sais pas, j'ai jamais été à coté d'un grizzli en rut faut dire, je conçois que ça soye pas forcément l'endroit idéal pour se livrer à des activités sereines (genre tiens si je mettais en pots ma récolte de miel ? Ou mieux, si j'essayais mon costume d'ours pour le prochain bal masqué ?). Donc Sigmund grogne comme un ours, bon ok un ourson, pas content. Genre l'ours des cavernes de la Guerre du Feu qui commence à en avoir ras le bol des petits bonhommes avec leur feu et tout ça, leurs fausses fourrures en vrai polyamide et leurs barbes postiches toutes mal collées. Ca donne un truc genre "ammouarggrrhh" répété en continu jusqu'à ce que l'un de nous deux craque et lui enfonce son poulpe en peluche dans la gorge le prenne dans ses bras pour un calin.

Ouais pasque bon, paraîtrait que c'est pasque il commence à manifester ses envies, et notamment le désir qu'on le laisse pas tout seul, lui pauvre petite chose abandonnée, quand on se casse pour des activités aussi essentielles qu'aller plier trente tonnes de bodys secs ou nettoyer la porcherie de la salle de bains après la déferlante du changement de couche cacateuse. Pauvre petite chose abandonnée, faut le dire vite hein, franchement quand on connait la fourberie du bonhomme et là je vous prends à témoin des avanies qu'il nous a fait subir depuis un tout petit peu moins de six mois, on se demande qui est vraiment la pauvre petite chose brisée dans cette maison de fous qu'est devenue l'humble domicile familial. Non mais faut pas déconner, sans charre. Brèfle. Y'a comme qui dirait un consensus qui nous prétendrait que c'est aux parents de s'occuper de leurs enfants tout le temps. C'est merdique cette histoire, hein. J'ai pas que ça à faire, mouah. Et si il me pèse trop le boulet, pourquoi que j'aurais pas le droit de grogner aussi ?

Mouais, c'est vrai quoi, c'est pas malin. Imaginez si on faisait comme ça hein, tout pareil à grogner dès que quelque chose nous déplaît, ce serait le bordel, autant revenir à l'âge des cavernes. Chais pas moi, imaginez qu'il n'y ait plus de sandwiches mayonnaise-thon-rillettes le midi à la boulangerie (mon préféré) et que je m'assoie devant le comptoir en grognant genre je ne partirai pas sans mon sandwich ni ma part de tarte au citron meringuée, quoi ? Y'a plus de tarte non plus ? Aaaaouaaaaagrrrhhh, Grizzly papa de Sigmund être très colère, Grizzly papa de Sigmund commencer à grogner comme ours en rut, Grizzly papa de Sigmund risquer de tout casser dans boulangerie trop bonne si Grizzly papa de Sigmund pas avoir à manger, quoi ? Un sandwich au saumon ? Mouais bon ça va Grizzly papa de Sigmund bien aimer saumon pour d'obscures raisons qui lui échappent et qui sont sans doute génétiques (Grizzly papa de Sigmund pouvoir pêcher sandwich à la patte ?), miam, grmmmf, sluurp.

Du coup, je pourrais peut-être faire quelque chose pour aider ce pauvre Sigmund à s'exprimer. Je pourrais lui bricoler un truc avec des lumières "J'ai faim", "Je veux jouer", "J'ai le cul qui gratte". Ca éviterait les grognements. Va bien y arriver malgré son QI de footballeur, quand même. Les chimpanzés y arrivent bien, pourquoi pas Sigmund, hein. Et puis ça me simplifierait la vie, je pourrais mettre des lumières réponse "J'ai faim" -> "le bibi arrive", "Je veux jouer" -> "Je suis occupé, rappelez ultérieurement, "J'ai le cul qui gratte" -> " Ah c'est con pasque en plus t'as les bras trop courts pour te gratter". Ah non, pas de moqueries, on va encore dire que je suis un père indigne et appeler la ddass.

Bon ce soir je retourne dans ma caverne, surtout que Groumpf (aka le grand-papa de de Sigmund) et Groumpfette (aka la grand-mère de Sigmund) débarquent pour quelques jours de pouponnage intensif. Comment qu'il va leur faire les pieds le Sigmund, ah ah, j'en rigole d'avance. Moi je vais me faire une semaine de repos, ça va pas traîner. Des restos, des cinés, de la copulation illicite dans les fourrés, de l'alcoolisation massive dans les atmosphères enfumés des bars sordides où l'on me reconnaîtra comme le fils prodigue de retour pour s'en prendre une sévère, où je pourrais m'épancher et pleurer le sort douloureux qui m'accable sur les épaules amies de parfaits inconnus plus saouls que moi, bref de la rigolade, de la bonne, comme en ces temps joyeux où je pouvais soigner mon vague à l'âme par de l'excès alcoolisé au lieu d'en être réduit à me faire des rails de mytosil au fond d'une couche, tout ce que j'y gagne c'est d'avoir la narine bien hydratée.
Tiens c'est simple, je décrète la semaine à venir semaine officielle de la caïpirinha.