Je voudrais pas être genre celui qui tend la perche pour se faire battre avec un nouveau sujet polémique (ta mère), et comme j'ai pas le temps de vérifier sur internet s'il y a des factions opposées de mamans (vous avez remarqué, ce sont les mamans qui s'étripent sur internet à propos de leurs rejetons) à propos de s'il faut trimballer ou pas son bébé quand on sort, tant pis j'y vais au feeling, on verra bien si les ptérodactyles affamés de donnage de leçon fondent sur le pauvre petit papa de Sigmund innocent. Ouais d'abord. Bon pasque c'est tout ça, hein, mais samedi on avait une invitation, j'en reviens toujours pas, des gens qui nous invitaient alors qu'on est devenu des infréquentables relous affublés d'un boulet qui nécessite une logistique particulièrement rebutante pour les hôtes potentiels (genre t'es sûr qu'il n'y aura pas trop de bruit dans la chambre et t'as prévenu tout le monde qu'il ne fallait pas fumer). En plus c'était de la raclette et moi la raclette, ça illumine ma vie presque autant que les gaufres c'est dire.

Ouais pasque bon c'est vrai qu'une soirée raclette de quinze personnes, c'est pas vraiment un spectacle pour les enfants, hein. C'est pas qu'on est mal élevés, c'est que la raclette, ben faut respecter les rituels pour que ça soye vraiment bon. Le fouet, le bâton, le lac ah non ça c'est pour la fondue. Faut qu'il y ait des fils de fromage durci jusque dans nos cheveux fous, faut qu'il y ait pénurie de patates, faut qu'il y ait du vin blanc chaud pasque ton verre il était à coté de l'appareil, faut qu'il y ait le gars bourré qui fait chauffer son jambon dans l'appareil et puis qui le verse sur son fromage froid, faut qu'il y ait bataille pour le dernier morceau de fromage mais oh regardez les gars finalement il en reste un kilo ah chouette vas-y remets des patates, faut que l'odeur de fromage soit imprégnée bien bien dans tes vêtements, faut qu'il y ait de l'eau glacée pour bien te figer le fromage dans le bide comme ça tu fais des rêves rigolos, faut qu'il y ait le gag du plateau de fromages à la fin, faut qu'il y ait un dessert léger genre tiramisu à volonté. Autant dire que c'est pas un monde de bébés, le monde de la raclette, hein. Ca rigole pas.

Déjà on se demandait si amener le Sigmund c'était pas un peu risqué rapport à l'odeur. Non pasque se réveiller le matin pour filer un biberon à un bébé qui sent la raclette, je pense que c'est moyen comme expérience de la paternité réussie. D'un autre coté, le Sigmund au matin c'est pas vraiment les mille effluves de l'orient ou alors plutôt coté tannerie des mille et une nuits, un dirham la paire de babouches en cuir décoré. Et pis y'a le problème du lit mais ça c'est pas embêtant, j'ai pris tous les manteaux qu'étaient posés comme des cons sur le lit, j'ai fait un petit nid bien bien david douillet du coté doublure et c'était hyper confortable, sauf que Sigmund a vomi dedans, c'est pas grave ça a presque la même odeur que la raclette froide personne a rien remarqué (on est parti avant). C'est une bonne idée cette histoire de manteaux, la maman de Sigmund elle en a profité pour en écraser un peu elle-même discrétos pendant que je finissais mon troisième kilo de fromage.

Oui pasque bon on se faisait du souci rapport au sommeil de Sigmund, est-ce qu'il allait supporter le bruit tout ça, et se rendormir sans trop nous faire braire en cas de réveil intempestif, genre où j'ai mis mon putain de briquet il était dans la poche, hé mais c'est quoi ce truc qui bave sur mon blouson ? Pasque depuis l'évènement-qu'on-ne-doit-pas-nommer, le Sigmund dort super bien (sauf qu'il est balade, mais bon) alors on voulait pas tout foutre par terre. En même temps pour une raclette, moi je suis prêt à le vendre le Sigmund. Et ben ça été du gateau (un carrot-cake avec de la crème au beurre pour le dessert, je vous jure que c'est vrai, c'est passé comme un colissimmo suivi à la poste). Même quand y'a des couillons qui sont rentrés dans la chambre en hurlant (une histoire de gage sodomique), le bébé réveillé leur a fait son fameux sourire baveux qui tue avant de se rendormir avec un moue d'angelot surpris en train de s'astiquer l'auréole. Trop facile. il n'a pas râlé non plus quand je l'ai réveillé pour l'emballer dans son sac de couchage portable, alors que mon amour-à-bidon-explosif elle grognait comme un grizzly à qui on a piqué son saumon fumé.

On est rentré peinards vers quatre heures, le Sigmund sous le bras, sitôt couché sitôt ronflant. Moi j'étais de bonne humeur pasqu'en dessert de la raclette (en plus du gateau) y'avait des caïpirinhas trop bonnes, et que trois ça va, cinq bonjour les dégâts et toi-làmatelas. Vraiment une bonne soirée, hein, je me suis endormi un peu avant cinq heures.
Et à cinq heures et demi, biberon.