Ouais, le nouveau truc de Sigmund, c'est de parler comme un dingue. Bon évidemment, il déclame pas pas du Victor Hugo à fond la caisse genre "C'est dans la nuit sans lune au coeur des bois profonds / Que le Sigmund farceur se tartine le fion / Qui dira la douleur des parents innocents / Lorsque leur propre chair les enduit d'excrément ?" Non vraiment pas ce genre là, quoi, mais des vocalises de bébé qui nous changent des interminables séances de pleurs habituels (ce en quoi j'exagère vu que ce bébé rigolard ne pleure que rarement, mais bon j'fais ce que je veux sur ce bloug, même travestir la réalité) que franchement un bébé qui pleure c'est exactement comme si on t'appuyait avec un truc pointu sur une dent cassé et mal dévitalisée, sauf que tu peux pas mettre un ramponneau au bébé, alors que le dentiste la dernière fois je lui ai flanqué un coup de coude que n'aurait pas renié un all-black en manque de victoire.

Donc le Sigmund parle. Ou plutôt bredouille. Généralement quand il est tout seul, ou quand on s'occupe de lui sans lui parler. Parce que si on parle, il se tait et nous écoute, franchement ça valait le coup de voter à droite, le respect des moutards est revenu au beau fixe et en plus on va gagner la coupe du monde de rugby, si c'est pas une vraie lutte contre l'immobilisme, ça, je sais pas ce que c'est, et autant pour les détracteurs du gnome à talonnette, heureusement qu'on l'a, çui-là, comme dit Cécilia. Bref. Sigmund commence à produire une large variété de sons très différents, allant du soupir modulé au cri perçant, c'est rigolo, d'un coté il a la bouche en cul du poule, le visage qui se tord et il te sort un miaulement de chat bourré au valium, et de l'autre, sans que rien ne permette de l'annoncer, son visage calme et rond ne bouge pas d'un cheveu (il en a pas, c'est pour ça) et il te pousse un cri hyper-aigu tellement puissant et pulsant que sa couche se détache toute seule. Généralement le premier est réservé à l'après biberon, le deuxième à n'importe quel moment pourvu que je le tienne dans mes bras et que mon oreille soit à cinq centimètres de sa bouche.

Tout ça n'est pas très explicite, mais on sent que l'on quitte les rivages sûrs du mode on/off du bébé pour atteindre les rives inquiétantes du pays des bébés qui réfléchissent pour mieux te faire chier. Oh que je le sens mal le petit Sigmund qui commence à manifester sa désapprobation en criant. Enfin quand je dis que je le sens mal, faut le dire vite, hein, ça dépend des moments, sans rigoler. Bref. Les éructations se diversifient, en plus de gagner en richesse vibratoire grâce à l'énorme production bavesque qui caractérise le moutard en ce moment. Vous avez déjà vu une bulle de bave de cinq centimètres de diamètre vous ? Moi, oui. Quelques secondes avant qu'elle n'éclate sur mon oreille, tapissant la moitié de ma chevelure chabalesque d'un gel gratuit et dix fois plus résistant que les gels "à coiffure à la con" qu'on nous vante en skate-board à la télé, et nimbant mon conduit auditif d'une gangue aussitôt solidifiée qui ne va pas améliorer mon déficit acoustique accru du coté droit (çui où je porte le sale lardon).

On sent qu'il devient sensible au monde extérieur en même temps, bientôt il saura communiquer avec nous pour transmettre sa vision du monde : bibi, caca. On restera dans le binaire, mais dans un binaire déjà raffiné par les ravages de l'intelligence qu'on aurait du laisser aux bonobos, tiens, ils auraient peut-être fait moins de conneries que nous. Et nous on serait resté dans nos savanes, à bouffer des fruits et des charognes, à laisser nos rejetons chier debout sans aucune couche, à regarder passer les 4x4 des chimpanzés qui nous materaient à la jumelle en calmant d'une torgnole leur petit Mimile qui râle pour avoir son biberon. Et tout ce que je dirais à Sigmund, ça serait "mais ferme-là, on va se faire repérer par les hyènes". Et il la fermerait, en plus. Tandis que là, non. Il vocalise, il bavouille, et nous on interprète et on subit.
Comme le disait Victor Hugo :
Heureux sont les parents aux enfants volubiles
Déjà grands orateurs à peine que nubiles
Discourant à l'envie, fils d'Homère ou Caton
Qui au bout d'un moment nous cassent les bonbons.