Le pauvre Sigmund est malade. Ouais pasque son rhube du début a perduré, et voilà-t-y pas que de simple bébé morveux il a aujourd'hui acquis le statut de malade authentique. Toujours tout pour leurs gueules, aux bébés, hein, tout pour leurs grosses têtes mal proportionnées (ben ouais quand même, si on regarde bien la taille de son oeil par rapport à sa bouche, on s'aperçoit que le bébé standard est quand même bizarrement foutu). Moi aussi je suis malade bordel, mais tout le monde s'en fout dans la famille. Je peux crever la fièvre au ventre et la gorge plus brûlante qu'après un concours de vodka au poivre, ben c'est pas grave tant que j'arrive à assurer le service du petit tyran au bruit de cafetière (il respire assez mal ce couillon, avec toutes ses glaires de partout). En plus, je suis sûr que c'est lui qui m'a refilé son rhube, et personne ne lui en fait la remarque, tiens. Alors que dans l'autre sens, si c'est moi qui lui avait refilé, tiens, je sais pas, la vérole par exemple, ah ça j'en entendrais parler. Bref. Ma vie est un enfer, mais bref.

Bon, notre amie la pédiatre (faut que j'y trouve un nom, à celle-là, ça pourrait être Cruella vu qu'à chaque fois j'espère qu'elle va dépecer le Sigmund pour s'en faire un manteau, mais bon en fait elle est gentille, alors ce serait pas lui rendre grâce, mmmhh, faut que je réfléchisse) a ausculté le Sigmund et nous diagnostiqué une krups. Pas le croups, hein. Une krups. C'est comme ça qu'ils font pour les bébés morveux maintenant, ils ont une échelle de valeurs avec des marques de cafetières, krups, magimix, philips, etc et y te disent à quelle cafetière ressemble le plus le joli son flûté qu'émet ton gamin. C'est drôlement technique. Moi, du moment qu'il fait pas le bruit du percolateur du troquet d'en-bas, je pense que ça va, mais machine, là, elle a dit que le rhube était descendu sur les bronches. Mois je veux bien, hein, mais ça fait un peu la légion saute sur kolwezi, son truc. Ca veut dire quoi au juste ? Que les microbes ils ont pris leurs petites pattes pour aller s'installer dans les bronches. Mouais. Mettons.

Du coup on a droit à la fameuse séance de kiné qui fait peur aux parents : le Sigmund est parti se faire souffler dans les bronches. La torture, qu'on nous avait dit. L'inquisition, qu'on nous avait décrit. Comme quoi on allait voir des scènes d'horreur, des côtes brisées, des glaires projetées sur les murs, des larmes de sang, des cris de douleurs insoutenables, des positions même pas possibles sur le plan anatomique. Comme quoi notre vie ne serait plus jamais pareille après avoir assisté à ce genre de spectacle, comme après avoir visionné l'horrible scène où la mère de Bambi se fait buter par le chasseur pour faire du pâté de cerf (mmmh!). Comme quoi aussi les kinés chargés du truc devaient être des anciens geoliers de la Stasi reconvertis, habitués à infliger les pires traitements avec ce petit sourire de contentement qui distingue l'authentique bourreau pervers du misérable schmok sans couilles paralysé par sa sensiblerie genre les gardiens de Abu Ghraib. Qu'on allait franchement pas rigoler. Autant dire qu'on appréhendait un peu, quoi, on n'en menait pas large dans la salle d'attente des tortionnaires kinés.

Ben pas du tout. Déjà le bourreau de la Stasi c'est une gamine de vingt ans, ça relativise (ok, ça relativise deux fois, vu la soldate chais-plus-quoi d'Abu Ghraib), alors évidemment ça fait un peu foirer le coté sombre cachot et torture aux flambeaux. Les manipulations bon ben c'est pas la mer à boire, pour ceusses qui n'en n'ont pas encore faites, elle lui attrape le bide à deux mains et elle appuie de tout son poids, franchement les bébés c'est hyper-résistant. Et après elle donne un violent coup sur la glotte du bébé pour qu'il recrache sa purée, genre Docteur Justice qui neutralise deux exploiteurs d'enfants avec une seule main tandis que de l'autre il signe sa carte du parti (tiens d'ailleurs, si ça se trouve Docteur Justice faisait partie de la Stasi, hein ? Le salaud). Bien sur elle lui démonte la tête, mais lui il prend ça avec le sourire. Sans rigoler. Il pleure pendant qu'elle le malaxe, ça oui (en fait il expulse de l'air plutôt) et devient plus violet que la soutane ou la bite d'un évêque, au choix. Mais après il fait son sourire genre tranche de pastèque et tout roule.

Du coup ça me stresse pas du tout d'y retourner ce soir. Pas du tout. Bon, je vais quand même laisser nos coordonnés à la police et prévenir Amnesty International dès fois que ça dégénère, on sait jamais avec ces anciens de la Stasi, mais sinon cool, zen, tranquillos pour la séance de dégazage des bronches. On va te lui siphonner la tubulure au Sigmund, ça va lui permettre de recommencer à nous fourbiriser normalement.