C'est vrai quoi, je croyais que les bébés c'étaient des vrais appeaux à gonzesses. Non mais c'est ce qu'on m'avait raconté, hein, j'invente rien. Genre on m'avait soutenu que tout en haut dans l'ordre des trucs appeaux à gonzesses, t'as le chiot labrador trop mignon avec ses grosses papattes et le bébé crômignon avec ses petites mimines. Genre c'est le truc imparable pour peu que tu saches emballer la marchandise avec un doigt de larmes et une histoire abracadabrante de veuvage prématuré, et là franchement, raconter des histoires abracadabrantes, c'est vraiment mon truc. Donc bon, j'avais fourbi mon sourire ultrabrite et mon Sigmund, vu que cette semaine avec cette connerie d'histoire de nounou, je me fade le retour du soir, aller chercher le gnome et revenir (en passant chercher notre pain quotidien, amen) (et un éclair au chocolat, mais faut pas le dire) jusqu'à la maison, tout seul.

Comme si je savais m'occuper d'un gamin tout seul, moi. Non mais c'est vrai, normalement y'a toujours mon amour-à-frais-minois qu'est là juste à coté pour savoir quoi faire quand l'autre monstre commencer à puer de la couche, à baver de la bouche ou à émettre ce drôle de bruit, là, le truc insupportable. Ah oui, pleurer. Là chais pas si vous vous rendez compte mais faut j'aille le chercher, que je l'emballe dans la poussette et que je sois capable de me débrouiller jusqu'à la maison, incroyable, impossible que j'y arrive sans pépin. C'est quand même un trajet d'une bonne vingtaine de minutes si on compte le détour par la pâtisserie et le temps de manger un éclair d'un main en drivant la poussette avec l'autre (vachement dur). Non mais vous vous rendez pas compte ce que ça peut faire comme dégâts en vingt minutes un Sigmund, combien de kilos de merde ça peut ajouter à sa couche déjà pleine ou jusqu'à quel niveau de décibels ses cris peuvent monter si on le prive de biberon. Alors, moi je trouve que ça mérite bien un petit plan dragouille vite fait bien fait, non ? Bon.

Mais là macache, nibe, peau de zob. Rien. Le néant. Ah ça, pour mater le Sigmund et sourire à cet espèce de petit couillon qui fait des rictus en tranche de pastèque à la première figure baveuse qui se penche vers lui en éructant vaguement, ah là oui y'a du monde. Mais pour s'intéresser au papa, visiblement je peux me toujours me la carrer dans un biberon. J'ai beau faire ma tête de Droopy résistant vaillamment dans l'adversité mais quand même fier d'avoir fait ce si joli bébé (c'est un rôle de composition, je le rappelle, je me demande toujours comment moi qui suis si gentil et si peu calculateur j'ai pu engendrer un tel parangon de fourbitude), le genre de tête qui te vaut un dix sur dix au palmarès de la drague à gros sabots (celle qui marche le mieux), ben c'est le désert complet du branchouillage, le gobi du sourire en coin, le sahara de l'oeil qui pétille et le pacifique du rateau en couleur. Même avec des ruses de sioux d'apache genre je roule bien au milieu du trottoir en me précipitant vers les moeufs pour les obliger à contourner la poussette, ben ça foire grave (en même temps j'ai rarement un sioux un apache avec une poussette, ah ah ah la touche de Géronimo en train d'essayer de plier une poussette-canne).

Bon évidemment, cette histoire d'appeaux à gonzesse c'est juste pour voir si ça marche, hein. Comme qui dirait une expérimentation scientifique, j'suis comme ça, moi la science c'est mon dada. Non, je dis ça pour pas que mon amour-aux-mains-douces ne me trucide trop fort. D'ailleurs, et pour avoir la satisfaction de servir la Science dans le joie et l'abnégation, je suis prêt à signer un papier déclarant que je ne m'autoriserais pas à profiter de la moindre occasion de prolonger un plan drague initié par la présence du petit boulet. Voilà c'est dit... ah ah ah en fait je suis trop machiavélique, si mon plan fonctionne, mon amour-à-jalousie-rigolote va m'interdire de me promener tout seul avec le plomb et je vais être peinard le soir pour aller faire du vélo (et manger un éclair au chocolat) au lieu de me fader l'expédition du pont de la rivière kwaï avec passage par le boulanger (sans oublier l'éclair au chocolat). C'est pas tortueux comme plan, ça ? Bon en même temps si je continue à collectionner les râteaux cosmiques, elle a pas trop de souci à se faire.

Ouais. Les rateaux. Ou alors c'est à cause de l'endroit. Ben ouais, puisque je passe par la rue Mongallet, c'est un peu normal vu la tronche de la plupart des promeneurs, hein. Faut voir la faune. Ca pue le geek technophile à cent mètre la rue Montgallet, et les seuls bébés qui sont appréciés sont ceux qui défoncent la tronche de leurs pères en image de synthèse (ou qui dansent la macaréna aussi). Et les geekettes, c'est pareil, elles s'en cognent des bébés, ou alors juste pour savoir comment qu'ils bootent. Non, c'est vrai que le terrain est peu propice, je ferai mieux de me délocaliser vers un parc genre les Tuileries, là ouais entre les parterres je suis sûr que la chasse pêche nature et tradition les plans dragouilles seraient plus probants. D'un autre coté les Tuileries c'est relou pour les poussettes à cause du gravier et qui c'est qui se tape le graissage après, c'est bibi. Et puis au niveau timing c'est un peu juste ça va se voir si je reviens à neuf du soir avec le Sigmund pas lavé dans sa poussette. Je vais me faire gauler sur ce coup-là.
Non, pour l'amour du risque de la Science, faudrait que je fasse ça un week-end, avec un prétesque pour éloigner mon amour-à-regard-soupçonneux. Genre je vais voir le matche de rugby dans un bar avec le bébé. Hum.
Pas sûr que ça passe, ça.