Et ben voilà, le petit boulet a atteint la limite fatidique des trois mois dont on nous avait promis qu'elle marquait l'entrée dans une nouvelle ère, celle du bébé parfait qu'il a plus aucun problème, surtout genre il fait pas dodo la nuit et il hurle le grand cri de la colique infernale. Et force m'est de reconnaître que c'est le cas, le charmant petit Sigmund nous épargne désormais les levers noctambules et les crises de gigotage dues aux douleurs abdominales (et les rugissements de hyène sodomisée par erreur et par un rhinocéros myope qui les accompagnaient). La fourbitude de ce bébé est-elle néanmoins devenue moindre ? La réponse est non, bien sûr.

Nân pasque dormir comme une souche de neuf heures du soir à six heures du matin c'est bien, mais bon une fois sur quatre y'a réveillage vers quatre-cinq heures pour réclamer sa tétine, et pas qu'une fois, toutes les dix minutes, pof tu te rendors et ça repart, faut se traîner à quatre pattes jusqu'au lit du mouflet pour rajuster la tétine poisseuse pour regagner le droit à cinq minutes de sommeil, les amis je vous le dit la tétine c'est le diable. Si c'est pas une technique pour briser la résistance psychologique de ses parents, ça, déjà qu'ils sont pas bien brillants après ces trois mois de sommeil entrecoupé, je vous dis pas, franchement, élève Sigmund pour ce premier trimestre, c'est zéro pointé pour tout ce qui est de la matière dodo, peut mieux faire.

Les coliques de la mort qui vous tuent les tympans en faisant hurler le lardon qu'on dirait possédé par une force démoniaque genre un démon survitaminé, tout petit, omniprésent et très pénible (talonnettes en option), bon ok là ça va elles ont à peu près disparues, je dis pas, juste il en reste un soupçon qu'on doit traiter avec une pâte rose à la fraise hyper pas bonne qu'il faut cloquer dans le bec à Sigmund après chaque biberon, bonjour l'exploit sportif, c'est difficile comme mettre un suppositoire calmant à la hyène, pourtant c'est pour son bien, hein, mais bon. L'autre bébé, là, généralement il choisit ce moment précis (celui du médicament rouge, pas celui du suppositoire dans la hyène) pour éternuer et consteller son père, ou sa mère, où les deux d'un très joli motif de points rouges et gluants qui sentent la fraise et le lait caillé, c'est l'éclate totale. Niveau politesse et obéissance le Sigmund, franchement on s'attend à mieux au deuxième trimestre.

Au niveau santé du poupon, les notes sont plutôt meilleures. Enfin, faut le dire vite. On ne se fait pas surnommer Dédé-la-vérole, Albert-la-refile ou même Maurice-la-courante sans aucune raison. Ni Albator sans s'ouvrir la moitié du visage à coup d'ongle aiguisé. Sans parler des pustules rigolotes dues à la chaleur qui parsèment le torse et le bas du dos du Sigmund et qui ressemblent furieusement au résultat d'un éternuement au moment fatidique de la gelée rose. Bref. C'est la chaleur qu'il paraît, mais pour moi c'est vraiment juste pour faire style je suis petit et fragile, prenez soin de moi oh oui prenez soin de moi. J'te guérirai tout ça à coups de suppositoires, moi, ça trainerait pas si la pédiatre me laissait faire.

Mouais le carnet de notes de ce premier trimestre est pas vraiment extra, hein. Bon évidemment ça dépend de quel point de vue on se place. Pour l'école internationale de formation des bébés par laquelle passent tous les bébés qui participent au complot mondial des bébés pour tympaniser leurs parents (soit environ 99,999% des bébés, on a rapporté le cas d'un bébé parfait qui faisait tout pour être agréable à ses parents, mais il a péri étouffé par les autres bébés avec sa propre tétine), les notes de Sigmund sont plus qu'honorables. Surtout, il est très très fort en fourbitude, là oui, c'est carrément les félicitations du jury qu'il a, le Sigmund. Vingt sur vingt en fourbitude, je vous le dit. Faut pas se fier à l'eau qui dort sauf à quatre heures du matin.