Ah ah ah, je n'en reviens pas. L'autre boulet, là, comment qui s'appelle déjà, ah oui Sigmund, ben figurez-vous que ça fait trois nuits qu'il dort royalement de 11 heures du soir jusqu'à 6h30 du matin. C'est pas croyable. Ouais, ouais, en quelque sorte il ne nous oblige plus à nous lever systématiquement à quatre heures du matin pour lui filer trente-cinq litres de lait et plus vite que ça. Enfin bon, soyons honnêtes, c'est mon amour-à-bidon-oblique qu'il n'oblige plus vu que ben moi quand même j'avais légèrement arrêté de me lever pour cause de retour au travail. Ouais donc le boulet magique, là, ben il a l'air de vouloir adopter un rythme un peu plus compatible avec le nôtre. Bon c'est quand même pas la peine de se réjouir trop vite, tout ça n'est nuage de fumée et écran total, c'est une ruse c'est sûr pour nous faire croire qu'on peut enfin dormir sur nos deux oreilles.

Nân pasque s'il y a un truc qu'on a bien compris des bébés en quelques semaines, c'est qu'ils sont particulièrement fourbes, hé ouais. Non mais même c'est les rois de la fourberie friponne. Là, comme je le vois le bébé fripon, il est en train de se connecter par radio au grand central du complot mondial des bébés fourbes pour demander des instructions, moui allô chef, voilà, je les ai à ma pogne, ils sont tout contents pasqu'ils ont passé trois nuits à peu près potables, qu'esse que je fais maintenant ? Oui, bébé n°X007a28, j'ai bien noté votre appel, nous vous contacterons par message caché dans la girafe qui fait pouet-pouet. Si vous entendez un seul pouet, cela voudra dire que vous devez reprendre le rythme des biberons à quatre heures du matin pour briser les derniers remparts de leur résistance psychologique. Si vous entendez deux pouets, vous continuez le rythme actuel mais vous vomissez systématiquement sur le pantalon de votre père. Trois pouets, et vous démarrez une terrible maladie, vous arrêtez de alimenter, vous arrêtez de dormir, vous criez en permanence, vous vous agitez comme un président sous amphétamines et vous vomissez sur le pantalon de votre père. Plein de pouets qui jouent l'air de la bamba, c'est le signal d'alerte, ils vont vous étrangler avec un pantalon sale, vous devez fuir ou bien vous suicider avec la pastille de cyanure cachée dans votre dent. Heu, roger, bien compris, heuuu, sauf pour la pastille sous la dent, j'ai pas encore de dent, chef, comment je fais ? Ah ? Pas encore de dents ? Bon votre mission prioritaire pour les mois qui viennent va être de vous faire pousser des dents. Roger ? Roger ! Mais pourquoi vous m'appelez Roger au fait ? C'est Maurice à l'appareil. Ah Pardon.

Ouais. Les mois qui viennent vont être difficiles, ça j'en suis sûr. depuis le temps qu'on bourre les oreilles sur la terrible période où le sale bébé va faire ses dents. Et ben ça promet. D'un autre coté on peut pas forcer le bébé à dormir, mais on peut lui faire sauter les dents d'un bon bourrepif en pleine poire, alors ça me rassure, je suis en terrain macho connu. Alors ça peut pas être plus terrible que les nuits écourtées avec ce savant dosage de psychologie de torture qui caractérise les bébés, genre une demi-heure après que tu te sois enfin endormi après avoir tourné dans le lit une heure, faut te réveiller deux fois pour remettre la tétine, puis se rendormir en se croyant sauvé pour se rendre compte qu'on est revenu à l'heure du biberon. Les salauds. La tétine c'est comme la goutte d'eau des tortures asiatiques, tu ne sais pas quand elle va tomber mais tu sais que ça va faire mal.
Brèfle. L'autre couillon de bébé, là, pour l'instant nous épargne.

Peut-être qu'un jour je vais regretter la calme atmosphère de ces moments de silence à quatre heures du matin ? On sent que les centaines de gens qui vivent à coté de nous dans les autres appartements de l'immeuble sont tous endormis d'un sommeil de plomb, que le silence est plus lourd, plus tangible qu'à n'importe quel autre moment, on se sent isolé dans la petite bulle de lumière de la lampe de chevet, avec les yeux minéraux du bébé qui vous fixe comme pour surveiller que vous n'allez pas vous enfuir (alors qu'en fait il est en communication avec le central pour savoir combien de temps il doit faire durer la torture en fonction du clignotement de vos yeux mal ouverts et du dodelinement de votre tête). Ouais, je vais peut-être regretter ce moment de quiétude. D'un autre coté, pour un biberon où l'on a à peu près l'esprit alerte, il y a en dix où l'on a mal au coeur d'avoir été réveillé en sursaut, mal à la tête de sommeil, le corps lassé, les muscles endormis, et ce regard qui vous observe vous semble extra-terrestre et malintentionné. Mouais. C'est pas sûr que je regrette du coup. Enfin, si j'ai la nostalgie, je peux toujours me pointer dans sa chambre à quatre heures et tataner son lit pour le réveiller en hurlant "C'est l'heure du bibi, enculé de bébé".
Ouais, ne sombrons pas dans la mélasse nostalgique, là ça me ressemble nettement plus quand même.