Ouais bon je vous préviens, faut pas déconner, le boulot et le boulet ça fait trop pour les épaules d'un seul homme, moi si ça continue je pars en vacances. Ah, tiens ? Justement je vois dans mon planning trop bien qu'il est, que j'ai des vacances prévues bientôt. Ah oui, justement. Ca tombe plutôt bien je trouve, pour se remettre de toutes ces émotions de la naissance du delphineau et tout ça. Ah, enfin ! Pouvoir se reposer un peu, ne plus penser ni au travail, ni à l'entretien permanent de ce couillon de bébé dont la seule raison d'être semble devoir être de nous casser les bonbons avec méticulosité. Hein ? Quoi ? Qu'est-ce que vous me chantez, là ? Y'a pas de congés bébé ? Vous voulez dire que pendant mes vacances d'été, il va falloir que je me tape le petit boulet ? Y'a aucun truc social pour l'accueillir ? On a pas le droit d'avoir des congés quand on est parents ? Des vrais congés, je veux dire ? A quoi ça sert alors qu'on nous serine alors que parent c'est un vrai métier, si on n'a pas les congés, ni les tickets restaurants, hein ? Pfff.

Boah de toute façons, faut s'y faire, et puis on avait prévu de faire pour ces vacances la tournée des plages. Enfin, c'est une métaphore, hein, pasque moi la plage j'aime pas ça. Je déteste ça, même, à cause du sable dans les arpions, mais c'est une autre histoire. Non, le genre de tournée des plages qu'on va devoir se fader, c'est la présentation de l'asticot à la famille. Hé ouais. Diantre de mes couilles, j'en frémis d'avance. Pasque vous vous doutez bien que le faire-part c'est pas hyper-suffisant de la mort. Y'en a qui vont vouloir le voir en vrai, le petit Sigmund chelou (pasqu'il louche hein, pas pasqu'il a une tête à effrayer le bourgeois le soir dans les coins sombres). Sans même parler des grand-parents hystériques qui ont déjà prévu une petite cérémonie pour notre arrivée, genre feux d'artifice tirés sur le Rhône, concert de musique classique par l'orchestre philharmonique de Bucarest, spectacle vivant "Les dinosaures racontés aux enfants", et des tonnes de hareng pour que la fête soit totale.

Bah oui quand même, pasque qui dit vacances dit Sud. On va pas rester à se cailler les meules sur l'asphalte parisien, il est temps de montrer à Sigmund qu'une vraie sieste ne s'apprécie que bercée du chant des cigales. Et que la performance d'un mime est beaucoup plus impressionnante quand il fait trente-cinq degrés et que son maquillage fond sur son tichirte rayé. C'est pour ça qu'on va à Avignon, en plus c'est cool on reste loin des plages maudites. Le premier qui me reprend en prétendant qu'on dit "...en Avignon...", je lui démonte le bas de short à coup de tongs, et je le noie dans du Gambetta. Si vous savez pas ce qu'est le Gambetta, ben faut venir à Avignon. Nous on y va pasque les grand-parents de Sigmund (c'est mes parents aussi, mais bon ça compte plus) y habitent là-bas. Je nous voie déjà, l'esprit serein, allongés au bord de lapiscine avec un verre de Gambetta à la main, les oreilles charmées par la stridulation des cigales et de Sigmund oublié dans sa chambre. Je nous vois déjà en train de déguster les bons plats maternels, enfin de goûter les plats maternels avant d'aller donner le biberon à l'affamé de service. je nous vois devant une bonne pièce déjà dans la cour d'honneur, obligé de sortir en catastrophe l'autre quarantième rugissant. Je nous vois déjà passer des vacances de merde, oui.

Pffff. A moins que la tournée des plages ne nous permettent de sous-traiter largement la prise en charge du bouleton. Y'a bien des grand-parents, grand-tantes, cousins, oncles, tantes, frères et autre amis qui seront ravis de faire semblant de pouponner deux heures, le temps qu'on mange un morceau sur le pouce, en feuilletant le programme des pièces qu'on n'ira pas voir, près de la piscine dans laquelle on n'aura pas le temps de se baigner. Mouais. On verra, faut déjà qu'on descende à Avignon, en train, ça va être gai le voyage, tiens, avec l'autre morback dans sa poussette. Au moins avec les pleurs on n'entendra ni les sonneries des téléphones portables, ni les conversations ineptes.