Y'a un truc quand même, bizarre. Chais pas pour vous avec vos bébés que vous avez (si vous en avez pas, je peux vous en filer un gratos si vous désirez, je paye même les frais de port), mais je me suis aperçu que les bébés étaient porteur d'un espèce de virus étrange qui nous a gravement contaminé, mon amour-à-bidon-héliostatique-limite-gâteuse et moi. C'est le virus de la commentation maximale. Ouais, bon le mot est nouveau, mais moi ça me plaît les mots nouveaux que j'ai jamais prononcé de ma vie comme tétine ou régurgitation (merde, mon pantalon).
Bon là vous me dites, mais c'est quoi la commentation. Ben c'est comme la logorrhée, mais avec un nouveau mot qui donne pas envie de vomir et puis que je l'ai inventé moi-même. La commentation, c'est comme un commentaire sportif en quelque sorte. Mais si bougez pas, vous allez vous reconnaître. Ca donne un truc du genre : "Mais oui mon bébé, mais oui, donne-le ton petit bras, papa va mettre la première manche, mais oui mon bébé, la manche, oulala c'est dur mon bébé de passer la manche, oups je t'ai tordu un doigt, c'est pas grave mon bébé, allez, la deuxième manche, qui c'est le bébé qui va avoir un beau body tout propre pour remplacer le body tout mouillé de pipi, hein, c'est Sigmund... etc, etc".
Voyez le genre, maintenant ? Oui je sais, c'est lamentable.

Je sais pas pourquoi on parle comme ça, c'est pour ça que je dis que ça doit être un virus. Ou bien alors on est intimidé par le bébé, c'est une manière de se protéger de sa présence obsédante. Mouais. Difficile d'être intimidé par quelqu'un dont vous nettoyez les fesses, pourtant. Mais bon, le fait reste. Oui, cherchez pas à nier, vous aussi vous parlez comme ça à votre sale lardon qui vous a pourri la moquette. Bon, on nous serine qu'il faut leur parler aux bébés pour qu'ils sentent qu'ils sont humains comme nous (alors qu'en vrai pas du tout, je suis sûr que cette engeance lactovore vient de l'espace, mais bon, je vais pas me faire désintégrer par des bébés au fond d'une ruelle sombre pour essayer de le prouver). Alors t'as toute une ribambelle de conseils sur ce qu'il faut faire, leur dire, mais rien pour t'expliquer que c'est pas la peine de leur parler de cette manière outrageusement artificielle. Non pasque bon, ça fait vraiment bizarre comme manière de parler je trouve.

Bon en vrai y'a une différence entre les filles et les garçons, hein quand même. Les mamans elles font plus du chichi plein de roses, alors que les papas c'est un peu plus rugueux. C'est notre pudeur naturelle qui reprend le dessus, on y arrive pas trop bien les trucs chichiteux, on s'est pas formaté la tête des années à la dentelle, alors c'est plutôt du genre "Ah mais putain de bordel à queue tu va la passer ta putain de main dans cette putain de manche où je te fais un moignon d'un coup de dents". Mais ça n'en cache pas moins la même manière d'aborder le sujet "je parle avec mon bébé", faut pas croire, on reste en plein dans la commentation, là, ça n'évolue pas. Non mais c'est vrai.

Non, le truc bizarre c'est la distanciation. Ca fait comme un commentaire sportif. Comme les commentateurs à la télé qui faute de pouvoir établir un dialogue (forcément ils décrivent) cherchent à meubler un maximum. Oui en plus le sport c'est comme les bébés, franchement c'est pas super passionnant ce qui se passe sur la piste. Changer une couche ou regarder un cent mètres, franchement pour moi c'est le même intérêt : mince comme une couche au rabais qui laisse fuir l'innommable noirceur de la blague à bébé. Je vous jure, essayez de remplacer ce que vous dites à votre bébé par la même chose mais style commentaire sportif, ben vous verrez ça donne le même effet : "Et oui, Sigmund vient à l'instant de prendre l'avantage d'une courte tête, il va passer, il va passer, oui ça y est il a passé le premier bras, quel athlète madame, monsieur, ça, il maîtrise sa course de bout en bout, et oui à l'instant le deuxième bras, mais ho, ho, que se passe-t-il il semble avoir une difficulté, il devient tout rouge, quelque chose semble le gêner, ah un commissaire de piste vient de lever le drapeau jaune, oui, non, ah non il s'agit d'un drapeau marron...". C'est mignon tout plein.

On peut faire autrement quand même. On n'est pas obligé de commenter tout le temps. On peut la boucler un peu, ça ferait des vacances au bébé je suis sûr. On peut parler quand même, mais genre j'explique les choses posément. "Comme tu le vois Sigmund, cette manche en tissu élastique est trop petite pour ton petit poing, je vais donc tirer avec ménagement mais avec fermeté tout de même pour extraire...". Au moins on dirait des choses sensées, et peut-être que le bébé y finirait par nous répondre "Oui papa je sais que l'élastomère utilisé pour ces bodys premiers prix fabriquées en Chine n'est pas d'une qualité suffisante pour s'étirer jusqu'à ce que mon poing passe sans encombre à travers lui, tu n'es pas obligé de me le répéter à chaque fois". Oui c'est ça, si ça se trouve les bébés y savent parler mais en fait y sont vexés qu'on les prennent pour des couillons. Ca vous la couperait hein ? Ouais. A la limite, on peut parler de complètement autre chose aussi. "C'est en 1959 qu'Amédée Rondufoin inventa le bouton-pression qui équipe aujourd'hui la majorité des pyjamas pour jeunes enfants, ainsi que les combinaisons des astronautes embarqué sur la mission Apollo...". Mais franchement le style commentation c'est relou.

Du coup ben je la boucle avec Sigmund.