Bon, chuis un garçon vous voyez ? J'veux dire, c'est pas nouveau pour moi les concours de bites. Que ce soit à l'école pour de vrai quand on était gamin, et qu'on s'extasiait avec une pointe de jalousie sur la longueur du membre viril de ce crétin de Jean-Claude Martin (Jean-Claude, où es-tu, si tu lis ce blog sache que je te déteste plus que tout, toutes ces années après) ou bien encore dans les douches moites du gymnase où les messieurs pourtant parfaitement intelligents par ailleurs ne peuvent s'empêcher de se guigner la nouille pour se persuader qu'ils ont la plus élégante, et ben j'en ai vu. Des concours. Et je parle même pas des concours feutrés qui ont lieu partout ailleurs, au boulot en réunion ou dans les dîners en ville, quand la discussion s'échauffe pour des questions de préséance et que franchement on pourrait régler tout ça une bonne fois pour toutes comme les primates que nous restons souvent, en tapant du pied par terre, en hurlant et se comparant le zboub virilement. Mais non, faut toujours qu'on fasse des simagrées.

Mais là du coup je m'attendais pas à ce que les mamans fassent des concours de bites le marmot au sein. Nân, pasque la phrase que j'ai le plus entendu dans les couloirs bruyants de la maternité, de la pmi, dans jardin public et de tous ces lieux où la concentration de sales bébés dépasse la limite tolérable à l'honnête homme (à savoir : un), ben c'est "oui mais moi le mien...". Petite phrase qui permet d'introduire n'importe quelle comparaison destinée à asseoir la supériorité de la progéniture décrite. En bien ou en mal, on s'en tape le tube de mytosyl (qui c'est c'est qu'a le plus gros, d'abord, de tube de mytosyl), l'important c'est que ce soit plus. Oui mais moi le mien y fait déjà ses nuits (tu m'étonnes, il a l'air mort, non ?). Oui mais moi le mien, il est vraiment goulu (ça m'étonnes pas avec les bajoues qu'il se tape). Oui mais moi le mien il pleure comme c'est pas possible, quelle voix, hein mon titi chéri ? Le titi en question me regarde avec ses yeux gris-bleu de bébé fourbe, bon sang c'est vrai qu'il a un gros boulard et qu'il ressemble à Titi, il gonfle ses petits poumons pour nous saturer les oreilles et produit le cri à peine audible d'une souris mort-née. Ca c'est sûr, ce sera un chanteur d'opéra genre Starac, le Titi, s'il s'est pas fait bouffer avant par Gros-minet. Bon.

Chais pas d'où ça sort, ce besoin de mieutitude (cherchez pas, j'viens d'l'inventer). Ouais, moi mon bébé il est mieux. Bon d'accord c'est le concours de bites permanent, ok. C'est le mécanisme élémentaire pour les papas : ah oui, pasque ça marche aussi pour les papas, hein, j'en connais des proches qui me jurent que leur rejeton et ben c'est carrément Kant en couche-culottes ou Maradona réincarné (le gerbi en plus, ah non, c'est vrai que Maradona avec tout ce qui s'enfile, mince d'un coup je ne sais plus, il est mort Maradona ou pas ?). Bon les papas, ok. Mais les mamans, elles l'ont fabriqué le moutard en plus. Alors y'a comme une espèce de fierté de l'artisan qui ajoutée au concours de bites fait tourner l'argumentation à la plus parfaite mauvaise foi. Non pasque faut voir la mauvaise foi, hein. Même quand il a des coliques le bébé, et ben bien sûr il les a vachement tôt pour son âge (alors qu'il n'y a pas d'âge pour les coliques, les bébés sont susceptibles d'en avoir à tout moment, avec une prédilection particulière pour le jour où vous avez mis votre pantalon de gala).

Et puis j'ai comme l'impression que se faufile dans ces sentiments primaires comme qui dirait la patte froide de notre belle société de consommation. Ben oui, c'est bien la peine de se torpiller la rondelle à avoir la plus belle voiture, la plus belle maison ou le plus beau style (prononcer staï-le) du quartier (et personne n'est exempt à un moment ou à un autre de ces défauts-là) si c'est pour avoir un chiarre qui n'a rien d'exceptionnel. Ca fait tache, quoi (et je parle même de celles sur le pantalon). Un espèce de gros mélange de "j'ai le plus beau modèle" et de "c'est moi qui l'ai fait". Alors ça donne du résultat détonnant, faut les voir les mamans, mauvaise foi en bandoulière, se couper la chique mutuellement pour surenchérir sur les capacités de leur progéniture, jusqu'à l'absurde, de la précocité des risettes jusqu'à la capacité à produire des cakes à heure fixe dans leurs couches armoriées. Des concours de bite où l'on sent qu'il n'en faudrait pas beaucoup pour qu'elles commencent à se taper dessus, et même à coup de bébés (tiens, moi le mien y fait plus mal que le tien quand je l'utilise comme massue).

Hé, tout ça c'est la faute aux bébés. Déjà qu'on est pas vraiment bien épanoui de la tête dans notre société qui nous pousse sans arrêt au concours de bite à la compétition. Les bébés y arrivent là-dessus, et malins comme des sales petits macaques, ils arrivent à obtenir de leurs parents que ceux-ci se battent pour eux envers et contre tout. C'est des malins les bébés, faut pas croire. Faut lutter contre ça, hein, faut lutter. Sigmund par exemple n'a rien d'exceptionnel : il est vérolé comme la plupart des nourrissons, rote et pète avec l'aisance d'un camionneur décomplexé invité à un brunch avec Jean-marie Bigard, conchie le pantalon de son père et ne fait pas encore de risettes mais juste des rictus que j'ai fait un film pour servir de pièce à conviction lors de son futur procès. Un bébé normal, quoi. Complètement standard. C'est tout juste si on a le temps de s'attacher. Tiens, je suis même prêt à l'échanger, c'est dire.

Un volontaire pour échanger Sigmund le bébé quelconque contre un autre bébé, si possible assez calme ? Non ? Personne. Il est pas assez bien mon bébé ? Quoi la vérole ? Quoi l'odeur ? C'est un bébé, quoi. En plus il commence à bouger la tête pour suivre avec les yeux, et ça normalement les bébés ils le font qu'à trois mois. Et puis c'est des vrais sourires qu'il fait, déjà son âge. Et puis il a une super tenue de poussin karatéka et des chaussons faut voir comme. C'est du surchoix comme bébé, pas n'importe quoi !
Zut, j'me suis fait eu.
Ils sont cro forts, ces bébés, j'vous dit.