Ah ah ah !

Laissez-moi rire sans aucune vergogne.

Non pasque bon. Franchement. On aurait pu croire que depuis le temps que des monceaux de couillons s'astiquent la membrane à pondre des lardons (approximativement le début de l'humanité), on aurait quand même relativement compris comment que ça fonctionne ces petits trucs-là. Comment que ça tourne le petit vélo dans la tête à bébé. Et surtout comment qu'on fait pour cohabiter avec eux, quand, par la grâce divine d'une bénédiction immanente ou par la poisse merdeuse d'un préservatif défaillant (rayez la mention inutile) on se retrouve à se coltiner un de ces misérables vermisseaux monomaniaques. Ce qui est mon cas, j'en ai justement un sur les bras, de vermisseau monomaniaque -il ne pense qu'à avaler un maximum de lait pour le recracher aussitôt sur au choix mon nouveau beau tichirte ou sur mon pantalon de gala- et ne me demandez comment je me retrouve là, moi aussi ça me dépasse.

Peau de zob, oui ! Personne ne sait exactement quoi faire avec un moutard à charge. Tout le monde tâtonne. Invente. Justifie. Et puis profite de l'occasion pour abreuver les autres malheureux parents qui n'ont pourtant strictement rien à foutre de leurs précieux conseils validés au sceau des coliques de leur petit dernier ou au coin des gerbis de leur adorable fillette de deux mois, oui, celle-là même qui vient de rajouter une deuxième tâche indélébile de lait à demi-digéré sur votre pantalon de gala que vous aviez jugé de bon de mettre pour aller voir le pédiatre, histoire de lui faire toucher du doigt l'ampleur de votre martyre et aussi d'essayer de l'apitoyer pour qu'il étale le paiement des traites du crédit qu'il vous a consenti rapport aux douze-mille trois quatre vingt sept visites qu'a occasionné votre misérable rejeton à en peine deux semaines.

Le pédiatre qui évidemment est à mettre dans le même sac que les sages-femmes et autres puéricultrices : incapables de donner des conseils clairs, faute de savoir sur quel pied danser face aux nourrissons tueurs de pantalons venus de l'espace. Conseils contradictoires, incohérences, conneries flagrantes, autant d'artifices destinés à masquer le doute complet sous le masque de la connaissance scientifique, histoire de mater les pauvres ballots qui croient encore que le docteur magique saura les décharger de la responsabilité de se démerder avec leur sale chiard qui pue, en plus, et qui salit son beau cabinet immaculé. Parce qu'à part réduire considérablement la mortalité infantile, et donc contribuer à nous emmerder encore plus, qu'est-ce qu'ils ont fait pour le salut de la mère qui ne sait quel lait choisir ou le père qui essaie de ravoir son pantalon, hein, les diafoirus de l'enfance ? Réponse : rien. Juste nous donner des faux espoirs et nous enfoncer dans notre malheur : ton moutard tu l'as voulu, ben maintenant tu te démerdes. Allez, ça fait cinquante euros.

Bon voilà. C'est mon introduction. Comment que ça se fait que je retrouve dans cet enfer lacté, je l'ai déjà raconté ailleurs. Sigmund (c'est le nom de ma malédiction personnelle) est aujourd'hui tapi dans la chambre luxueuse qui fut dans des temps reculés un bureau avec un ordinateur et une console de jeux (snif), attendant que je sorte pour me sauter à la gorge et exiger un de ses quinze biberons quotidiens. Faut pas compter sur moi pour lui donner. Je vais plutôt disposer des grosses tapettes à rats dans le couloir, peut-être qu'il se lassera et retournera à la maternité. Va savoir avec cette engeance...

Aujourd'hui je lance cet appel au secours. Brisons la dictature des bébés. Exigeons le respect qui nous est du, à nous, adultes. Les bébés sont cromeugnons, certes, mais ce sont avant tout d'horribles exploiteurs de l'humanité. Nous devons résister à ce flot consensuel de mièvrerie dégoulinante qui nous englue les méninges.
A bas la dictature ! A bas les bébés !